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Discussion: Histoire dessinée de la France

  1. #1
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    Par défaut Histoire dessinée de la France

    Les personnes ont toujours le besoin de raconter l’histoire de leur pays – la France entre autres - dans tous les supports possibles. La bande dessinée ne fait pas exception ici. Autant que je me souvienne, une collection de tomes de l’Histoire de la France était sortie dans les années 70 (dans l’édition Larousse). Huit tomes pour être exact, rassemblant 48 récits de l’Histoire de France. D’ailleurs, j’ai toujours cette collection chez moi. On me les avait achetés ou offerts quand j’étais petit. C’est un monument de l’Histoire de France en bande dessinée. Il y en aura d’autres mais qui n’atteignent pas la célébrité de cette collection. Mais la collection a beaucoup vieilli. Le gros inconvénient a été une succession d’images d’Epinal qui parsèment beaucoup les récits et de s’appuyer pas mal sur les événements politiques et militaires au détriment de l’économie et de la société (il y en a quand même mais si peu évoqués).

    Une nouvelle collection de l’Histoire de France en bande dessinée a été créée pour éviter justement ces inconvénients. Il s’agit de l’Histoire dessinée de la France. Elle est éditée par les Editions de la Découverte et la Revue dessinée. Concrètement, il s’agit de 20 tomes rassemblant pour chaque tome un historien et un dessinateur. La Revue dessinée choisit son dessinateur, l’historien Sylvain Venayre choisit son historien spécialiste d’une période donnée. Il s’agit plus de donner les récentes réflexions historiographiques sur telle ou telle période, en montrant les avancées scientifiques et les doutes des historiens. Bref, exit le roman national, les fantasmes politiques ou les légendes de l’Histoire comme on en a souvent entendu parler. Et surtout, la collection apporte une touche supplémentaire : l’humour, la dérision, parfois même l’anachronisme. L’humour est le principal trait de la nouvelle collection. Vraiment le gros point positif.

    Un petit point négatif quand même : 22 euros chaque album de près de 170 pages. Mais tels que j’ai lu (plutôt feuilleté) les albums, ils valent bien le prix.

    Bon, commençons par…



    LA BALADE NATIONALE



    De nos jours, un groupe de grandes célébrités exhume le cercueil de Pétain. Ce groupe désigne Jules Michelet, Marie Curie, Jeanne d’Arc, Molière, le général Alexandre Dumas. Avec ce cercueil, ils vont se balader en voiture dans toute la France, en s’arrêtant aux lieux les plus emblématiques de l’Histoire de France. Ils vont aux origines de la France ou du moins ce qu’ils croient en être. C’est le principal thème du premier album : montrer que s’il y a bien les origines de l’Histoire, elles ne sont pas toujours celles qu’on se l’imagine. Par exemple, ils vont se demander où commence l’Histoire et dans quelles territoires. Ils vont aussi croiser des gens, de nombreux habitants et même un réfugié politique de Syrie.

    Le choix des gens célèbres n’est pas innocent. Jules Michelet est un célèbre historien du XIXe siècle, ayant la réputation de rédiger une histoire beaucoup plus littéraire de la France. Marie Curie est une femme, une scientifique et une étrangère, ces trois concepts que l’Histoire ne peut négliger. Jeanne d’Arc, en plus d’être une femme ayant conduit une armée, est un fort symbole, souvent récupéré par n’importe qui. Molière représente l’Histoire littéraire de la France et donc de la culture. Le général républicain Alexandre Dumas, père et grand-père des écrivains Alexandre, représente une culture métissée (il est originaire des Antilles) et militaire. Quant à Pétain qu’on ne voit jamais en dehors de son cercueil (puisqu’il s’entête à y rester enfermé), il symbolise une histoire nationaliste et xénophobe. Toutes ces figures indiquent que l’Histoire de la France ne peut être réduite aux grands personnages (surtout politiques) ou aux grandes dates.

    On le verra dans l’album que les choix de lieux à visiter ne sont pas simples et dépendent du point de vue de chacun sur l’Histoire comme le montre cette vignette :



    Il y a aussi une autre vignette qui montre une situation qui doit nous faire réfléchir. Jeanne d’Arc, dans la voiture, se regarde dans le rétroviseur. Elle s’étonne de son visage car elle ne ressemble pas à la réalité de son époque. Jules Michelet lui explique qu’on avait perdu la trace de son véritable visage, son portrait quoi et qu’on est réduit à imaginer la physionomie de la Pucelle à travers la description des contemporains de la femme.

    Autre remarque, cette vignette :



    Elle montre bien qu’il faut se garder de jugement mais qu’il faut examiner le contexte d’une époque. Et aussi, que l’Histoire n’est pas toujours écrite par de Grands Personnages. D’ailleurs, ce soldat inconnu se plait aux célébrités que l’Histoire de France se rattache très souvent auxdits Personnages, oubliant les petites gens qui ont aussi fait l’Histoire. Justement montrée par cette vignette :




    Il y a bien d’autres scènes montrant la complexité de l’Histoire de France souvent polluée par des considérations politiques, des récupérations, etc. Cependant, le mieux est de lire l’album.


    Je posterai le prochain message pour parler du deuxième album : les Gaulois.

  2. Les 8 membres suivants remercient sisou pour cet excellent message :

    Bal-Sagoth (15/03/2019), BaXter (15/03/2019), darkkoeurby (16/03/2019), Giromu (19/03/2019), jonathferri (15/03/2019), Kilik (16/03/2019), Kuwagata Raijer (15/03/2019), Lizandrya (15/03/2019)

  3. #2
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    L’ENQUÊTE GAULOISE



    Un historien spécialiste de la période gauloise, Jean-Louis Brunaux, et un dessinateur, Nicoby se retrouvent à une taverne dans le village d’Astérix. Nicoby vient consulter l’historien pour lui parler des Gaulois. Comme vous pouvez le voir ci-dessus, il a apporté de quoi se cultiver un peu avant de venir à la taverne :



    Nos deux personnes quittent ensuite le village d’Astérix et l’Armorique pour traverser la Gaule avant d’arriver à Marseille. Why Marseille ? C’est en ce lieu qu’a lieu la première rencontre écrite entre les Gaulois et les Grecs (d’où le sous-titre « De Massilia à… ») autour de 600 av. J.-C. Pour l’anecdote, l’archéologie confirme la datation approximative de la fondation de Massilia. Comment s’écrit alors l’histoire des Gaulois sachant qu’ils n’ont pas laissé de témoignages écrits ? Non pas qu’il n’y à strictement parler de traces écrites puisqu’ils nous ont laissé des inscriptions gauloises dans l’alphabet grec ou latin (au demeurant rares). Because les druides ne voulaient pas transmettre leur savoir dans l’écriture. Ils préfèrent se transmettre oralement tout leur savoir. Cela évite de voir leur savoir tomber entre de « mauvaises mains » si on le couche par écrit. Et puis, c’est plus commode de gérer ou contrôler les princes ou chefs gaulois. D’où vient notre connaissance des Gaulois ? Des Grecs ou des Romains, évidement. En particulier, le grec Poséidonios d’Apamée :



    Mort au milieu du Ier s. av. J.-C., il avait voyagé en Gaule au début du même siècle. Il avait rassemblé tout ce qu’il savait sur les Gaulois (mœurs, religion, etc.). Ses écrits ont été perdus mais ils sont recopiés ou lus par des auteurs postérieurs. Et il y a bien entendu Jules César. Nous y reviendrons.

    Le début de l’album se contente de relater l’origine des Gaulois (d’après l’historien, les Celtes sont le nom grec des Gaulois, ceux-ci sont issus des Romains). Il raconte comment les Gaulois ont fait trembler les murs de Rome, ont pillé Delphes, se sont installés au centre de la Turquie en lui donnant le nom de Galatie. Dans l’album, Nicoby pose à chaque fois des questions naïves mais intéressantes qui reçoivent des réponses de l’historien. Au fait, il y a deux petites pages qui expliquent comment le coq est devenu l’emblème de la France. Cocorico.



    La bd donne des informations récoltées grâce aux écrits ou surtout à l’archéologie. Ainsi, les Gaulois ne bouffent pas de sangliers (désolé Obélix). Oubliez l’image de la Gaule couverte par des forêts dans lesquels les druides habillés comme des Panoramix grimpent comme des singes pour cueillir des guis. Vous vous souvenez des Romains avançant protégés par des boucliers comme une tortue ? Ils ont piqué l’idée aux Gaulois. Je crois même que le casque romain du Haut-Empire vient des Gaulois. L’album s’efforce de déconstruire des idées comme celles-ci ou de « défantasmer » une histoire héritée du XIXe siècle qui dépeint des gaulois moustachus aux casques ailés (désolé Astérix) ou la figure de Vercingétorix.

    Qui dit Vercingétorix, dit Jules César. A part le grec, il est celui qui nous apprend le plus sur l’organisation politique gauloise et la géographie. Le conquérant romain avait rédigé « les Commentaires sur la guerre des Gaules ». Il s’agit d’une série de rapports envoyés au sénat qui surveille l’activité des proconsuls. L’occasion est trop belle pour donner l’image d’un bon conquérant. Il a des rivaux comme Crassus ou Pompée. Faut bien séduire des sénateurs… Justement, Jules César donne une dédicace de son bouquin chez nous :



    Pas de bol pour le proconsul César, l’historien Jean-Louis Brunaux a décidé scientifiquement de faire chier le romain. Le vieux Jules s’agace au gré des pages contre l’historien. Mais en plus, Poséidonios d’Apamée a aussi décidé de faire chier Jules César. Par souci d’apparaitre comme un conquérant accompli à Rome, César a intérêt à faire en sorte que la Gaule soit un territoire uni par la géographie pour résumer. Comme j’ai juste feuilleté, je ne peux vous donner d’autres détails sur la discussion (acharnée) entre Jules César et les deux personnages mais ils sont assez intéressants.

    Parmi les gens assistant à la dédicace se trouvent Cicéron et Diviciac (ou Diviciacos). Le premier, vous le connaissez déjà. Le second est un druide éduen pro-romain, c’est-à-dire favorable à un rapprochement avec les Romains. Ensemble, ils vont discuter de la civilisation gauloise (non, Diviciac ne s'habille pas comme Panoramix). Tactique militaire, religion, coutumes font parmi des sujets de discussion. Ainsi, sur l’au-delà gaulois (d’après Jean-Louis Brunaux), les druides croient en la réincarnation. Mais les tombes ? En fait, si je me souviens bien, les Gaulois vont dans un endroit provisoire avant de renaître dans un autre corps. Autre exemple : la représentation imagée des dieux gaulois. Nous apprenons que les représentations sur sculpture ou autre support des dieux/déesses gaulois sont tardives et doivent être plutôt dues aux influences gréco-romaines (enfin d’après l’auteur qui fait parler Diviciac).

    Bien entendu, l’album évoque la guerre entre les Gaulois et les Romains. Si Jules César a pu conquérir la Gaule, c’est dû aux divisions des Gaulois. Les uns sont alliés des Romains (ou favorables comme les Eduens), d’autres sont ennemis entre autres. Vercingétorix a bien réuni un grand nombre d’alliés gaulois contre les Romains mais il a échoué à Alésia (non, ce n’est pas dans le Jura). Jean-Louis Brunaux explique à Nicoby why le chef gaulois a échoué contre Jules César. Regardez aussi le moment de la reddition de Vercingétorix ci-dessous :



    L’album dessiné se termine justement sur la statue géante de Vercingétorix aux moustaches tombantes (la statue est une commande de l’empereur Napoléon III passionné par l’époque gauloise, si je ne m’abuse). Mais à la fin proprement dite de l’album comme pour chaque album de l’histoire dessinée de la France, on trouve des textes plus sérieux avec des problèmes historiographiques ou des petites biographies des principaux acteurs ou historiens d’une période donnée.


    Le prochain message traitera de la Gaule romaine.

  4. Les 3 membres suivants remercient sisou pour cet excellent message :

    darkkoeurby (24/03/2019), Giromu (28/04/2019), Kilik (29/03/2019)

  5. #3
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    PAX ROMANA !



    De nos jours. Des dieux gaulois errent depuis 2000 ans, se morfondant dans la morosité depuis qu’ils ont été déchus de leur piédestal par les habitants de la Gaule puis la France. Lug le corbeau, Jupiter le rock-roll barbu, Taranis le dieu gaulois de la foudre (qui se cache le plus souvent dans la barbe de Jupiter. Un clin d’œil à Taranis qui a parfois été assimilé à Jupiter), Epona la déesse des cavaliers et des chevaux : tels sont les principaux dieux et la déesse que nous voyons tout au long de l’album. Les autres sont faiblement évoqués (une page ou une vignette). Taranis est la plus déprimée des divinités gauloises :



    Heureusement pour eux, un historien de la Gaule romaine, Blaise Pichon se promène à Lyon de nuit. Il croise la route des divinités. Lorsqu’Epona et Taranis saisissent leur chance, ils chargent l’historien de parler du passé romain de la Gaule.

    La Gaule est restée romaine pendant près de 400 ans. Durant cette période, l’Empire romain est parfois comparé à la mondialisation par des historiens aujourd’hui. En effet, bien qu’il y ait des communautés assez différentes entre les Gaulois, les Hispaniques, les Bretons (l’île, pas l’Armorique), les Dalmates, les Grecs, les Égyptiens ou les Syriens, on observe plusieurs points communs au monde romain : les infrastructures inspirées de Rome ou de l’Italie, la langue de l’administration (le grec ou le latin), l’armée, les thermes, etc. Reste que dans l’histoire de la France qu’on le concevait autrefois à travers l’image d’Épinal, pas de personne connue qu’on puisse identifier à l’époque romaine. Quand on pense Gaulois, on évoque Vercingétorix. Les Mérovingiens ? Clovis. La Guerre de Cent ans : Jeanne d’Arc, et j’en passe. Mais la Gaule romaine, pas grand-chose. Epona dit bien que la Gaule romaine est le genre d’époque qu’on zappe en douce, « on passe de Vercingétorix à Clovis direct ».

    Suite aux pouvoirs des dieux, en particulier Taranis, Blaise Pichon est projeté à l’époque romaine sans le vouloir. Il se retrouve directement en 177 à Lyon où se passait une persécution contre les chrétiens dont les plus célèbres sont Blandine ou Bibilis.



    Le choix des auteurs de s’attarder d’abord sur le martyre des chrétiens de Lyon est intéressant. Cette persécution est surtout évoquée dans des manuels d’histoire ou lorsqu’on évoque l’époque romaine. Elle est devenue une image d’Épinal. Blandine par exemple, a été flagellée, placée sur un grill brûlant, livrée dans un filet à un taureau qui s’en sert de punching-ball. Charmant hein ? Pourtant, comme le précise l’historien, le martyre de Lyon n’est pas l’événement le plus important. Nous sommes à Lyon, une des cités les plus importantes de la Gaule. Elle fut le siège du primat des Gaules plus tard. Il y a donc un intérêt à parler de la mort des chrétiens. Le martyre n’est ni le premier, ni le dernier et certainement pas l’un des plus grands événements de l’histoire romaine de la Gaule.

    Par mégarde, l’historien est projeté encore en arrière dans le passé (en emmenant Bibilis au passage !). Nous sommes au début de l’époque romaine de la Gaule, toujours à Lyon. Pichon et les dieux assistent à une séance rituelle à Lugdunum. Rome a organisé la Gaule romaine en trois provinces, en plus de la Narbonnaise, l’Aquitaine, la Lyonnaise et la Belgique. Lyon était devenue la capitale des Trois Gaules. La Gaule a en tout quatre provinces pendant trois siècles. Comme pour chaque album, des historiens de toutes périodes sont mélangés pour chaque période. Nous verrons plus tard la figure de Tacite ou Suétone. Mais aussi Camille Jullian qui apparait au moment où Blaise Pichon assiste au rituel religieux romain :



    Camille Jullian est un historien mort en 1933. Il avait écrit une histoire de la Gaule romaine entre 1907 et 1928. Il est surtout celui qui a popularisé l’expression « gallo-romain » apparu vers 1830. En gros, il y a une harmonie (ou fusion) entre l’apport romain et la tradition gauloise. Seulement, le mot « gallo-romain » est bidon car il n’existe pas d’autres équivalents dans d’autres pays. Pas d’hispano-romain, britano-romain, dalmato-romain, etc. ce qui est absurde pour l’histoire du monde romain. Le cas est bien plus complexe mais on ne peut pas parler de « gallo-romains » dans l’absolu.

    Pendant tout l’album, des fiches sont proposées pour parler des usages romains de la Gaule. Amphorix se pose comme le professeur du garçon à lunettes en parlant de plusieurs sujets assez divers comme les divinités gauloises, la fiscalité romaine, le territoire de la Gaule, les thermes, la ville etc. Ici, vous pouvez voir une fiche sur la bière et le vin :



    Blaise Pichon et Camille Jullian assistent à une réunion des notables. L’occasion de la bd était venue d’évoquer le statut des personnes ainsi que l’évergétisme. L’Empire romain n’est pas une vision monolithique du monde peuplé par des citoyens romains mais une agrégation de provinces, de cités, de communautés. Il y a autant de statut de cités que d’habitants. Ainsi, il y a les colonies romaines, les colonies honoraires, les cités de droit latin, les cités fédérées, les cités pérégrines, les nomes égyptiens, etc. Chez les personnes, citons les esclaves, les citoyens romains, les pérégrins, les citoyens affranchis (sans droits politiques) etc. La Gaule (et l’Empire) offre une image complexe des statuts variés dans lesquels les cités gardent une autonomie. Parmi les sujets de la réunion, il y a ce que nous appelons l’évergétisme. C’est un acte volontaire ou contraint dans lequel un notable riche propose un bâtiment public, un spectacle, une réparation des édifices, une construction des routes entre autres, qu’il finance sur sa propre caisse. Comme l’explique Pichon à Jullian, c’est le ruissellement par le haut à la romaine. Volontaires ou non, les notables le font vraiment (et c’est dans leur intérêt) contrairement aux copains de Macron.

    Le troisième tome de la collection nous montre à voir les différents sujets de la civilisation romaine. Ainsi, Pichon se retrouve dans une villa par un marchand qui le prend pour un dieu. Il assiste à une fabrication de vin, mange des saucissons, plonge dans les thermes privés. Déjà auparavant, poursuivi par un groupe, il traverse avec Jullian les latrines dont le vieux historien vante encore la civilisation « gallo-romaine ».

    Pendant ce temps, cherchant à comprendre pourquoi les divinités ont perdu leur influence au cours de l’histoire romaine, Epona et les autres voyagent dans le temps et assistent à des événements politiques de la Gaule. En 21 de notre ère, Julius Sacrovir et Julius Florus, deux gaulois, se soulèvent contre les autorités romaines. On envoie les légions de Germanie mater la révolte. Les deux mecs se suicident par immolation. Révolte gauloise ? Non, une banale révolte antifiscale. En 69, une grave crise éclate dans l’Empire romain. Le gouverneur de la Gaule Lyonnaise dénonce la politique de Néron. Il réussit à rallier le gouverneur de Tarraconnaise Galba. Mais l’armée de Vindex est écrasée par l’armée de Germanie supérieure (encore la Germanie !) dont le gouverneur est resté fidèle à Néron. Vindex se suicide (« hé mais non ! », dixit Taranis). Cependant, le soubresaut de la révolte aura d’autres conséquences qui provoqueront la chute et le suicide de Néron (« hé mais non ! », dixit Taranis). Son suicide est suivi de la guerre civile entre les quatre prétendants au titre impérial, Galba, Othon, Vitellius et Vespasien (en 69, la fameuse année des quatre empereurs). Epona, en voyant tout ça, conclut que ce n’est pas très gaulois. Ces événements montrent que la Gaule ne peut pas être isolée de l’Empire romain.

    Comprenant qu’il est vain de modifier le cours des événements en leur faveur, les dieux sont résignés à tomber dans l’oubli. Mais Blaise Pichon leur explique que le déclin des divinités n’était pas une fatalité. Intriguée, Epona le téléporte dans un endroit vide (après s’être débarrassée de l’encombrante chrétienne Bibilis en la foutant en 177). C’est dans cet endroit que l’historien conte aux dieux la suite de l’histoire de la Gaule à partir du IIIe siècle. Ce siècle est secoué par de multiples crises impliquant plusieurs lieux de l’Empire. La Gaule est l’une des provinces les plus touchées (l’Afrique moins). L’armée joue un rôle de plus en plus important, faisant et défaisant empereurs ou usurpateurs. On ne compte plus le nombre de mecs voulant être empereurs à la place des empereurs ou finissant par mourir de mort violente. Au milieu du IIIe siècle, la Gaule est frappée par des incursions des Francs et des Alamans. La Gaule connait même une période où elle s’est détachée de l’Empire en formant ce que les historiens ont appelé improprement « empire des Gaules ». Ce n’était pas un empire gaulois à parler puisque les empereurs qui ont pris le pouvoir dans les Gaules se comportent comme des empereurs romains (ils frappent des monnaies, ont une titulature proprement romaine, etc.). Tous ces soubresauts se terminent par l’avènement d’Aurélien qui réunifie l’Empire. Ses réformes et celles de Dioclétien ramènent la paix pour un long moment au cours du IVe siècle.

    Au grand dam du gnome rouge Taranis, Blaise Pichon explique que le christianisme n’a pas réellement provoqué le déclin des cultes païens. L’archéologie a révélé un déclin à partir du début du IIIe siècle, bien avant que le christianisme ne se propage réellement en Gaule. Il y aura désormais coexistence des cultes païens et chrétiens. Il montre également que la perte des influences païennes n’était pas une fatalité en parlant de l’empereur Julien l’Apostat (ou le Philosophe), régnant entre 360 et 363. Au milieu des empereurs chrétiens du IVe siècle, il était le seul empereur païen. L’historien raconte une courte biographie de l’empereur. Julien avait passé ses hivernages à Lutèce (Paris). Jusque-là, Lutèce n’était qu’une cité insignifiante par rapport à d’autres cités. Cependant, la cité a lentement gagné en importance, surtout depuis que Julien a saisi l’importance défensive du site entouré par la Seine. Sa mort en Orient a mis fin à l’expérience d’un empereur païen.

    Puis, l’historien évoque les « invasions barbares » au siècle suivant en insistant surtout sur Attila. Il mentionne l’origine, l’avènement du roi hunnique, l’intrigue de l’impératrice Honoria qui a fait qu’Attila a sauté sur l’occasion pour taper sur les Romains, les attaques contre la Gaule, l’intervention de Geneviève à Paris, la chute d’Attila. Tandis qu’il s’approche de la fin, l’historien est subitement entouré de monuments antiques qui s’écroulent. C’est à ce moment qu’il rencontre le célèbre historien britannique mort en 1794, Edward Gibbon. Il fut l’auteur de l’ouvrage Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain. Ce mec a une vision décliniste de l’Empire romain. Il traverse les ruines en chantant en anglais la ruine de l’Empire. Blaise Pichon tente de lui expliquer que ce ne sont pas les choses qu’on voit à notre époque. Camille Jullian intervient dans le débat. Il impose l’idée que si l’Empire a chuté, l’arrivée des Francs, la collaboration (je ne me rappelle plus de sa phrase) des « Gallo-romains » ont permis l’émergence de la France à partir de ce moment. Face à une vision décliniste de Gibbon et une vision anachronique de Jullian, Pichon rétorque que l’époque n’était ni plus, ni moins qu’un monde propre, une propre évolution. Il est sauvé par Taranis qui le ramène à son époque. Revenus à notre époque, les dieux Jupiter et Taranis sont désormais apaisés.

    Comme d’habitude pour chaque album, la fin de l’album propose des textes complémentaires sur la Gaule romaine.


    Le prochain post évoquera les Mérovingiens.
    Dernière modification par sisou ; 30/03/2019 à 19h26.

  6. Les 3 membres suivants remercient sisou pour cet excellent message :

    Bal-Sagoth (30/03/2019), darkkoeurby (31/03/2019), Giromu (28/04/2019)

  7. #4
    Banned Supreme Overlord Bal-Sagoth Most fuckin' badass in the entire multiverse ever Bal-Sagoth Most fuckin' badass in the entire multiverse ever Bal-Sagoth Most fuckin' badass in the entire multiverse ever Bal-Sagoth Most fuckin' badass in the entire multiverse ever Bal-Sagoth Most fuckin' badass in the entire multiverse ever Bal-Sagoth Most fuckin' badass in the entire multiverse ever Bal-Sagoth Most fuckin' badass in the entire multiverse ever Bal-Sagoth Most fuckin' badass in the entire multiverse ever Bal-Sagoth Most fuckin' badass in the entire multiverse ever Bal-Sagoth Most fuckin' badass in the entire multiverse ever Bal-Sagoth Most fuckin' badass in the entire multiverse ever
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    Ach, sehr gut, Meister Sisou.

  8. Les 2 membres suivants remercient Bal-Sagoth pour cet excellent message :

    Giromu (28/04/2019), sisou (30/03/2019)

  9. #5
    Great Old One Godslayer sisou Most fuckin' badass in the entire multiverse ever sisou Most fuckin' badass in the entire multiverse ever sisou Most fuckin' badass in the entire multiverse ever sisou Most fuckin' badass in the entire multiverse ever sisou Most fuckin' badass in the entire multiverse ever sisou Most fuckin' badass in the entire multiverse ever sisou Most fuckin' badass in the entire multiverse ever sisou Most fuckin' badass in the entire multiverse ever sisou Most fuckin' badass in the entire multiverse ever sisou Most fuckin' badass in the entire multiverse ever sisou Most fuckin' badass in the entire multiverse ever
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    LES TEMPS BARBARES



    Deux historiens d’époques différentes, le français Augustin Thierry (mort en 1856) et l’allemand Gustav Kossinia (mort en 1931) discutent ensemble sur l’origine de leurs pays, plus particulièrement au lendemain de la chute de l’Empire romain. Thierry se pose en héritier de la lointaine Gaule, ancêtre de la France à ses yeux. Kossinia, lui, s’attache à la Germanie d’où partent les valeurs de son pays à travers les « migrations » en Europe. On le voit, leurs points de vue sur l’irruption des Barbares en Gaule ne sont pas les mêmes. Pour le premier, les Barbares sont des envahisseurs détruisant la civilisation gallo-romaine. Pour l’autre, au contraire, les Barbares ne font que migrer apportant avec eux leur culture en Gaule (« Grandes migrations »).



    Mais le thème de l’album est bien la période mérovingienne de la France. Simplement, l’historien Bruno Dumézil veut montrer que le point de vue de ces deux historiens est dépassé par les recherches récentes. L’histoire de l’album s’étend de la chute de Rome à l’avènement de Pépin le Bref, fondateur de la dynastie carolingienne. Attention, jusque ici, l’album est le plus décalé, le plus drôle, le plus impertinent des albums précédents. Les anachronismes sont volontaires, les répliques sont cocasses, les allusions à la culture populaire (Hulk, Dark Vador…) apparaissent par-ci, par-là. L’album se paie même Stéphane Bern.

    Avant d’évoquer l’apparition des Mérovingiens, il était nécessaire de comprendre l’arrivée des Barbares en Gaule et donc d’étudier la chute de Rome. Justement, c’est sur ce tableau appelé « tableau pompier » que sera utilisée la femme dénommée Thusnelda pour évoquer le déclin de Rome :



    Certes, le 3e tome de l’Histoire dessinée de la France avait parlé des Invasions barbares. Mais il s’appuie plus sur les événements historiques et militaires. Ici, Thunsnelda va insister sur les aspects économiques expliquant le pourquoi des « Invasions barbares ». Elle va se transformer en professeure d’histoire expliquant aux Goths installés dans une classe d’école. Pour résumer, de multiples crises du IIIe siècle ont fait mal à l’Empire romain. Des usurpateurs veulent devenir empereurs qui veulent devenir empereurs à la place d’empereurs. De là éclatent plusieurs crises politiques dans lesquelles l’armée devient de plus en plus importante. Comme si ça ne suffit pas, l’économie est déstabilisée, la démographie baisse également. Même si les crises du IIIe siècle sont passées, l’Empire a besoin de thune pour payer l’armée qui défend les frontières de l’Empire, non seulement sur le limes occidental mais également pour se défendre contre les Parthes en Orient. Sans compter que plusieurs Romains ne sont pas très chauds pour s’engager dans l’armée. Que faire ? Les Romains reprennent une vieille idée, appelée le foedus. Il s’agit du traité d’alliance entre Rome et une cité étrangère. Là, les Romains vont l’utiliser pour engager des Barbares. En vertu de ce traité, Rome installe des Barbares à l’intérieur de l’Empire. En échange, les Barbares (désormais considérés comme des peuples fédérés) s’engagent à défendre l’Empire contre les incursions étrangères. Sous cette perspective, on ne parle plus des Invasions barbares puisque Rome a volontairement installé des peuples dans l’Empire. « Mais nous ne sommes pas censés être des envahisseurs ?! » s'indigne le chef des Goths à la professeure Thusnelda. Les troupes fédérées respectent fidèlement le traité, foutant parfois des défaites à d’autres Barbares qui tendent d’envahir l’Empire comme la bataille de Pollentia où les Romains et les Alains ont vaincu les Wisigoths en 402. Rome utilise de plus en plus de Barbares dans l’armée. C’est ce que les historiens ont appelé la « barbarisation de l’armée ».

    Il convient de préciser que les Barbares ne sont pas tous Goths, pas tous Francs, pas tous Alamans, pas tous Vandales, etc. En gros, chaque peuple ne constitue pas un peuple homogène mais rassemble des hommes des origines diverses qui viennent se greffer à l’habitat d’origine. Par exemple, un guerrier qui va chez les Goths devient un « Goth ». Il est probable qu’il y ait un mélange des Germains d’origine (surtout transfrontaliers de l’Empire), de Romains fuyant l’Empire ou pour une autre raison, au sein de chaque peuple. Quoi qu’il en soit, plusieurs migrations des Barbares-fédérés les amènent à piller Rome, à s’installer en Aquitaine (ainsi les Wisigoths), etc. C’est dans ce contexte que les Francs vont commencer à jouer un grand rôle à l’instar de Childéric Ier et de son fils Clovis Ier.

    Alors que Thierry et Kossinia pique-niquent, un historien belge (j’ai oublié son nom) s’incruste dans la conversation. Il leur parle de la Belgique comme la patrie des Francs en gros. Les deux historiens s’esclaffent. « La Belgique avant 1830 ? Faut pas déconner ». Il est amusant de les voir rigoler d’autant plus que c’est le même français qui disait à l’allemand que l’Allemagne n’existe pas avant le XIXe siècle. On peut en dire de même pour la France qui n’existe pas à l’époque mérovingienne. Pourtant, c’est bien dans ce qui fut la province de Belgique seconde qu’apparaissent Childéric et Clovis. Ce dernier rencontre le squelette qui est en réalité son père. Clovis se vante de ses conquêtes. Son père lui rétorque pourtant qu’il n’a pas fait les conquêtes tout seul et a remporté des batailles avec l’aide des autres royaumes barbares ou de l’Empire romain. Plus tard, intervient Grégoire de Tours qui explique qu’à son époque (fin VIe siècle), Clovis a presque été oublié. A la surprise de celui-ci, l’évêque de Tours lui répond que les trahisons ou les massacres envers les rivaux francs ont terni la réputation du roi franc. Grégoire est l’auteur du monumental Histoire des Francs. Lorsqu’on demande à l’évêque si son œuvre s’est bien vendu, il répond gêné « gentiment ». Venance Fortunat, poète italien et contemporain de Grégoire, dit même que c’est « oune bide ». Le parchemin coûte cher. J'ai même lu une partie de son œuvre qui fait près de 600 pages. Alors, imaginez le nombre de moutons ou chèvres abattus pour des parchemins de son œuvre. Grégoire avoue avoir arrangé le récit du baptême de Clovis (comme la date de Noël qui n’est peut-être pas sûr ou le nombre de 3000 guerriers baptisés avec lui, qui est un chiffre biblique, etc.). Le roi des Francs peut se targuer d’être le premier roi baptisé. Ce à quoi Grégoire et Venance Fortunat disent non puisque d’autres rois barbares ont déjà été baptisés avant lui.



    Le nouveau chapitre s’ouvre sur le dessin imitant le tableau montrant le meurtre de Galswinthe comme ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Galswi...Galswinthe.jpg

    Alors que Chilpéric est en train d’étrangler Galswinthe, Venance Fortunat entre dans la chambre. Tranquille, en tant qu’enquêteur, il vient leur demander des renseignements sur la société mérovingienne comme les violences. La femme et l’homme interrompent leur scène comme si de rien n’était. Le couple consent à parler de leur société. Notamment la loi salique. Oui, vous savez sûrement que la loi salique introduit quelque chose comme un truc appelé la loi du talion. Une page imagine sous forme de combats de jeu vidéo, la loi du talion (avec une barre de vie au-dessus des personnages). Chilpéric s’est déguisé en CRS pour expliquer les subtilités de la loi salique. Si elle admet une forme de loi du talion, elle n’omet pas d’inclure Dieu dans la partie. Il peut être parfois humiliant de s’être trompé et que Dieu peut vous punir si vous faites des conneries. Pour résumer, il n’est pas toujours sûr que la loi salique soit bien appliquée dans toute sa rigueur.

    On passe ensuite à l’économie mérovingienne. Nous voyons apparaitre le fameux évangélisateur irlandais Colomban. Il a une vision rigide de la morale chrétienne (« Pas de vin ! C’est de la dépravation ! » etc.). Il parle aux historiens français et allemand de ses moutons d’Irlande dont il s’intéresse beaucoup. Un peu trop pour être suspect. Pour le commerce, nous sommes à Marseille. Comme on ne sait pas à quoi ressemblait la ville à l’époque, on imagine vaguement des bateaux médiévaux et des terrasses de bar de ce qu’il y a de plus XXIe siècle. C’est là que Thierry et Kossinia croisent le célèbre historien belge Henri Pirenne (« encore un belge », s’exclame le français). Alors qu’on pensait que l’Antiquité méditerranéenne s’arrêtait au Ve siècle, il avance que le Moyen Âge a commencé un peu plus tard. Il montre que le commerce méditerranéen n’a pas cessé à la chute de l’Empire romain d’Occident et a continué jusqu’au VIIe siècle. Il rend l’Islam responsable de la chute du commerce méditerranéen qui s’est déplacé vers le nord. Depuis, sa théorie a été relativisé puisque le commerce « international » s’était déjà déplacé vers le nord au VIe siècle et que l’Islam n’était donc pour rien dans cette chute. Dans ce chapitre, Grégoire de Tours dit qu’on ne va pas en Syrie mais on se fournit chez « le Syrien du coin ».

    Un autre chapitre s’ouvre sur la fameuse page détournée de Closer :



    Ce chapitre évoque l’évolution du royaume mérovingien (ou des royaumes). On y voit un enfant-roi, Clovis II représenté par un tableau du XIXe siècle le peignant en enfant manipulé par des puissants du royaume. Pourtant, le chapitre le montre comme quelqu’un d’intelligent par rapport à son ancêtre Clovis Ier. Il le ridiculise parfois même par ses arguments ou des exemples. La dynastie mérovingienne se singularise par l’existence du partage du royaume entre les héritiers pendant ce temps. Ainsi, le premier partage entre les fils de Clovis Ier. Ces partages ont intrigué les historiens dont certains pensent qu’ils désavantagent ou affaiblissent les Mérovingiens. Pourtant, Clovis Ier dit bien que les empereurs romains se partageaient bien l’Empire. Du reste, si le regnum se divise en plusieurs royaumes, il peut se réunifier plus tard lorsque leurs rois meurent sans héritiers. Clovis II parle de l’administration mérovingienne. A la fin, nous voyons les trois Pépin, en gros Pépin de Landen (+ 640), Pépin de Herstal (+ 714) et Pépin le Bref. Ils complotent ensemble contre les rois mérovingiens en faisant attention à ne pas se précipiter, les rois étant alors encore populaires. En même temps, ils font des opérations médiatiques comme l’ouverture du magasin Charles Martel à Poitiers en 732 (ils montrent l’affiche publicitaire s’inspirant de Leroy Merlin). Enfin, on les voit destituer le dernier roi mérovingien Childéric III. Dont les longs cheveux sont coupés.

    L’avant-dernier chapitre est encore l’occasion d’évoquer quelques sujets sur l’histoire et la société mérovingiennes. Ainsi, le présentateur n’hésite pas à demander à Clovis :



    Le passage montre que l’histoire du vase de Soissons est surtout imputable à Grégoire de Tours (« faut bien vendre », dixit l’évêque) et que c’est bien plus compliqué que ça. Nous passions ensuite sur d’autres aspects comme les prénoms portés à l’époque ou la cuisine. A propos des prénoms, le fait de porter un prénom franc ne signifie pas que la personne est bien une Franque au milieu des Gaulois. Ainsi, autrefois, une personne portait le prénom Lupus qui sera plus tard transformé en Wolf (sais plus le prénom exact). Celui qui porte ce prénom d’origine germanique peut passer pour un Franc alors que ce ne pourrait pas être exact. Un peu comme autrefois des Gaulois qui portaient un nom celtique avant d’adopter des noms romains ou romanisés.

    Le dernier chapitre me parait être l’un des plus intéressants. Venance Fortunat enquête en posant une question simple « quand a commencé le Moyen Âge ? ». La question, vous vous en doutez, n’est pas simple et dépend de ce que des historiens veulent bien lui donner une date de début. Le Moyen Âge peut bien commencer sous les Mérovingiens comme sous les Carolingiens ou encore au début de la période féodale. Galswinthe et Clovis II disent même que le Moyen Âge n’existe pas tout comme la France à leur époque. Pendant cette discussion, des mentions de faux mérovingiens comme Pharamond sont signalés à Childéric et Clovis qui n’en ont jamais entendu parler. Clovis II, au contraire, leur confirme l’existence de Pharamond dans les écrits au VIIe siècle. C’était pour ajouter des ancêtres plus prestigieux, dit-il. Pourtant, des érudits ont pris au sérieux l’existence de ces Mérovingiens imaginaires au XVIIe-XVIIIe siècle. D’où l’importance de ne pas se laisser abuser et de faire attention aux sources.

    Finalement, Augustin Thierry et Gustav Kossinia admettent devoir modifier un peu leurs opinions sur le passé de la Gaule mérovingienne. Mais ils écrivent ensuite que « c’est sans doute plus compliqué que ça », si je me souviens bien.


    Nous allons passer aux Carolingiens dans le prochain post. Enfin presque.
    Dernière modification par sisou ; 06/04/2019 à 20h04.

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    Ce post devait être consacré à l'époque des Carolingiens.

    Mais l'éditeur avait annoncé que la sortie était reportée à l'année prochaine. Il nous a néanmoins montré le dessin suivant pour nous faire une idée de l'album :


    Je reconnais Charlemagne et Charles II le Chauve. Les autres non mais ce sont évidemment des Carolingiens (et peut-être des Ottoniens).


    J'éditerai le post lorsque l'album sortira l'année prochaine, en 2020.


    Les prochains albums sont les suivants :

    - L'âge féodal (sortie depuis le 10 avril)
    - La France des croisades (sortie à l'automne prochain)
    - La Guerre de Cent ans (sortie à l'automne prochain)
    - La Renaissance
    - Les Guerres de Religion
    - L'âge classique
    - La France des Lumières
    - La Révolution
    - Le Premier empire
    - L'époque romantique
    - L'âge industriel
    - La Grande guerre
    - La crise mondiale
    - Les Trente glorieuses
    - La France du temps présent


    Le prochain post parlera des temps de la féodalité.

  12. Les 3 membres suivants remercient sisou pour cet excellent message :

    Bal-Sagoth (28/04/2019), Giromu (28/04/2019), Kilik (28/04/2019)

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