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Histoire dessinée de la France

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  • Histoire dessinée de la France

    Les personnes ont toujours le besoin de raconter l’histoire de leur pays – la France entre autres - dans tous les supports possibles. La bande dessinée ne fait pas exception ici. Autant que je me souvienne, une collection de tomes de l’Histoire de la France était sortie dans les années 70 (dans l’édition Larousse). Huit tomes pour être exact, rassemblant 48 récits de l’Histoire de France. D’ailleurs, j’ai toujours cette collection chez moi. On me les avait achetés ou offerts quand j’étais petit. C’est un monument de l’Histoire de France en bande dessinée. Il y en aura d’autres mais qui n’atteignent pas la célébrité de cette collection. Mais la collection a beaucoup vieilli. Le gros inconvénient a été une succession d’images d’Epinal qui parsèment beaucoup les récits et de s’appuyer pas mal sur les événements politiques et militaires au détriment de l’économie et de la société (il y en a quand même mais si peu évoqués).

    Une nouvelle collection de l’Histoire de France en bande dessinée a été créée pour éviter justement ces inconvénients. Il s’agit de l’Histoire dessinée de la France. Elle est éditée par les Editions de la Découverte et la Revue dessinée. Concrètement, il s’agit de 20 tomes rassemblant pour chaque tome un historien et un dessinateur. La Revue dessinée choisit son dessinateur, l’historien Sylvain Venayre choisit son historien spécialiste d’une période donnée. Il s’agit plus de donner les récentes réflexions historiographiques sur telle ou telle période, en montrant les avancées scientifiques et les doutes des historiens. Bref, exit le roman national, les fantasmes politiques ou les légendes de l’Histoire comme on en a souvent entendu parler. Et surtout, la collection apporte une touche supplémentaire : l’humour, la dérision, parfois même l’anachronisme. L’humour est le principal trait de la nouvelle collection. Vraiment le gros point positif.

    Un petit point négatif quand même : 22 euros chaque album de près de 170 pages. Mais tels que j’ai lu (plutôt feuilleté) les albums, ils valent bien le prix.

    Bon, commençons par…



    LA BALADE NATIONALE



    De nos jours, un groupe de grandes célébrités exhume le cercueil de Pétain. Ce groupe désigne Jules Michelet, Marie Curie, Jeanne d’Arc, Molière, le général Alexandre Dumas. Avec ce cercueil, ils vont se balader en voiture dans toute la France, en s’arrêtant aux lieux les plus emblématiques de l’Histoire de France. Ils vont aux origines de la France ou du moins ce qu’ils croient en être. C’est le principal thème du premier album : montrer que s’il y a bien les origines de l’Histoire, elles ne sont pas toujours celles qu’on se l’imagine. Par exemple, ils vont se demander où commence l’Histoire et dans quelles territoires. Ils vont aussi croiser des gens, de nombreux habitants et même un réfugié politique de Syrie.

    Le choix des gens célèbres n’est pas innocent. Jules Michelet est un célèbre historien du XIXe siècle, ayant la réputation de rédiger une histoire beaucoup plus littéraire de la France. Marie Curie est une femme, une scientifique et une étrangère, ces trois concepts que l’Histoire ne peut négliger. Jeanne d’Arc, en plus d’être une femme ayant conduit une armée, est un fort symbole, souvent récupéré par n’importe qui. Molière représente l’Histoire littéraire de la France et donc de la culture. Le général républicain Alexandre Dumas, père et grand-père des écrivains Alexandre, représente une culture métissée (il est originaire des Antilles) et militaire. Quant à Pétain qu’on ne voit jamais en dehors de son cercueil (puisqu’il s’entête à y rester enfermé), il symbolise une histoire nationaliste et xénophobe. Toutes ces figures indiquent que l’Histoire de la France ne peut être réduite aux grands personnages (surtout politiques) ou aux grandes dates.

    On le verra dans l’album que les choix de lieux à visiter ne sont pas simples et dépendent du point de vue de chacun sur l’Histoire comme le montre cette vignette :



    Il y a aussi une autre vignette qui montre une situation qui doit nous faire réfléchir. Jeanne d’Arc, dans la voiture, se regarde dans le rétroviseur. Elle s’étonne de son visage car elle ne ressemble pas à la réalité de son époque. Jules Michelet lui explique qu’on avait perdu la trace de son véritable visage, son portrait quoi et qu’on est réduit à imaginer la physionomie de la Pucelle à travers la description des contemporains de la femme.

    Autre remarque, cette vignette :



    Elle montre bien qu’il faut se garder de jugement mais qu’il faut examiner le contexte d’une époque. Et aussi, que l’Histoire n’est pas toujours écrite par de Grands Personnages. D’ailleurs, ce soldat inconnu se plait aux célébrités que l’Histoire de France se rattache très souvent auxdits Personnages, oubliant les petites gens qui ont aussi fait l’Histoire. Justement montrée par cette vignette :




    Il y a bien d’autres scènes montrant la complexité de l’Histoire de France souvent polluée par des considérations politiques, des récupérations, etc. Cependant, le mieux est de lire l’album.


    Je posterai le prochain message pour parler du deuxième album : les Gaulois.

  • #2
    L’ENQUÊTE GAULOISE



    Un historien spécialiste de la période gauloise, Jean-Louis Brunaux, et un dessinateur, Nicoby se retrouvent à une taverne dans le village d’Astérix. Nicoby vient consulter l’historien pour lui parler des Gaulois. Comme vous pouvez le voir ci-dessus, il a apporté de quoi se cultiver un peu avant de venir à la taverne :



    Nos deux personnes quittent ensuite le village d’Astérix et l’Armorique pour traverser la Gaule avant d’arriver à Marseille. Why Marseille ? C’est en ce lieu qu’a lieu la première rencontre écrite entre les Gaulois et les Grecs (d’où le sous-titre « De Massilia à… ») autour de 600 av. J.-C. Pour l’anecdote, l’archéologie confirme la datation approximative de la fondation de Massilia. Comment s’écrit alors l’histoire des Gaulois sachant qu’ils n’ont pas laissé de témoignages écrits ? Non pas qu’il n’y à strictement parler de traces écrites puisqu’ils nous ont laissé des inscriptions gauloises dans l’alphabet grec ou latin (au demeurant rares). Because les druides ne voulaient pas transmettre leur savoir dans l’écriture. Ils préfèrent se transmettre oralement tout leur savoir. Cela évite de voir leur savoir tomber entre de « mauvaises mains » si on le couche par écrit. Et puis, c’est plus commode de gérer ou contrôler les princes ou chefs gaulois. D’où vient notre connaissance des Gaulois ? Des Grecs ou des Romains, évidement. En particulier, le grec Poséidonios d’Apamée :



    Mort au milieu du Ier s. av. J.-C., il avait voyagé en Gaule au début du même siècle. Il avait rassemblé tout ce qu’il savait sur les Gaulois (mœurs, religion, etc.). Ses écrits ont été perdus mais ils sont recopiés ou lus par des auteurs postérieurs. Et il y a bien entendu Jules César. Nous y reviendrons.

    Le début de l’album se contente de relater l’origine des Gaulois (d’après l’historien, les Celtes sont le nom grec des Gaulois, ceux-ci sont issus des Romains). Il raconte comment les Gaulois ont fait trembler les murs de Rome, ont pillé Delphes, se sont installés au centre de la Turquie en lui donnant le nom de Galatie. Dans l’album, Nicoby pose à chaque fois des questions naïves mais intéressantes qui reçoivent des réponses de l’historien. Au fait, il y a deux petites pages qui expliquent comment le coq est devenu l’emblème de la France. Cocorico.



    La bd donne des informations récoltées grâce aux écrits ou surtout à l’archéologie. Ainsi, les Gaulois ne bouffent pas de sangliers (désolé Obélix). Oubliez l’image de la Gaule couverte par des forêts dans lesquels les druides habillés comme des Panoramix grimpent comme des singes pour cueillir des guis. Vous vous souvenez des Romains avançant protégés par des boucliers comme une tortue ? Ils ont piqué l’idée aux Gaulois. Je crois même que le casque romain du Haut-Empire vient des Gaulois. L’album s’efforce de déconstruire des idées comme celles-ci ou de « défantasmer » une histoire héritée du XIXe siècle qui dépeint des gaulois moustachus aux casques ailés (désolé Astérix) ou la figure de Vercingétorix.

    Qui dit Vercingétorix, dit Jules César. A part le grec, il est celui qui nous apprend le plus sur l’organisation politique gauloise et la géographie. Le conquérant romain avait rédigé « les Commentaires sur la guerre des Gaules ». Il s’agit d’une série de rapports envoyés au sénat qui surveille l’activité des proconsuls. L’occasion est trop belle pour donner l’image d’un bon conquérant. Il a des rivaux comme Crassus ou Pompée. Faut bien séduire des sénateurs… Justement, Jules César donne une dédicace de son bouquin chez nous :



    Pas de bol pour le proconsul César, l’historien Jean-Louis Brunaux a décidé scientifiquement de faire chier le romain. Le vieux Jules s’agace au gré des pages contre l’historien. Mais en plus, Poséidonios d’Apamée a aussi décidé de faire chier Jules César. Par souci d’apparaitre comme un conquérant accompli à Rome, César a intérêt à faire en sorte que la Gaule soit un territoire uni par la géographie pour résumer. Comme j’ai juste feuilleté, je ne peux vous donner d’autres détails sur la discussion (acharnée) entre Jules César et les deux personnages mais ils sont assez intéressants.

    Parmi les gens assistant à la dédicace se trouvent Cicéron et Diviciac (ou Diviciacos). Le premier, vous le connaissez déjà. Le second est un druide éduen pro-romain, c’est-à-dire favorable à un rapprochement avec les Romains. Ensemble, ils vont discuter de la civilisation gauloise (non, Diviciac ne s'habille pas comme Panoramix). Tactique militaire, religion, coutumes font parmi des sujets de discussion. Ainsi, sur l’au-delà gaulois (d’après Jean-Louis Brunaux), les druides croient en la réincarnation. Mais les tombes ? En fait, si je me souviens bien, les Gaulois vont dans un endroit provisoire avant de renaître dans un autre corps. Autre exemple : la représentation imagée des dieux gaulois. Nous apprenons que les représentations sur sculpture ou autre support des dieux/déesses gaulois sont tardives et doivent être plutôt dues aux influences gréco-romaines (enfin d’après l’auteur qui fait parler Diviciac).

    Bien entendu, l’album évoque la guerre entre les Gaulois et les Romains. Si Jules César a pu conquérir la Gaule, c’est dû aux divisions des Gaulois. Les uns sont alliés des Romains (ou favorables comme les Eduens), d’autres sont ennemis entre autres. Vercingétorix a bien réuni un grand nombre d’alliés gaulois contre les Romains mais il a échoué à Alésia (non, ce n’est pas dans le Jura). Jean-Louis Brunaux explique à Nicoby why le chef gaulois a échoué contre Jules César. Regardez aussi le moment de la reddition de Vercingétorix ci-dessous :



    L’album dessiné se termine justement sur la statue géante de Vercingétorix aux moustaches tombantes (la statue est une commande de l’empereur Napoléon III passionné par l’époque gauloise, si je ne m’abuse). Mais à la fin proprement dite de l’album comme pour chaque album de l’histoire dessinée de la France, on trouve des textes plus sérieux avec des problèmes historiographiques ou des petites biographies des principaux acteurs ou historiens d’une période donnée.


    Le prochain message traitera de la Gaule romaine.

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    • #3
      PAX ROMANA !



      De nos jours. Des dieux gaulois errent depuis 2000 ans, se morfondant dans la morosité depuis qu’ils ont été déchus de leur piédestal par les habitants de la Gaule puis la France. Lug le corbeau, Jupiter le rock-roll barbu, Taranis le dieu gaulois de la foudre (qui se cache le plus souvent dans la barbe de Jupiter. Un clin d’œil à Taranis qui a parfois été assimilé à Jupiter), Epona la déesse des cavaliers et des chevaux : tels sont les principaux dieux et la déesse que nous voyons tout au long de l’album. Les autres sont faiblement évoqués (une page ou une vignette). Taranis est la plus déprimée des divinités gauloises :



      Heureusement pour eux, un historien de la Gaule romaine, Blaise Pichon se promène à Lyon de nuit. Il croise la route des divinités. Lorsqu’Epona et Taranis saisissent leur chance, ils chargent l’historien de parler du passé romain de la Gaule.

      La Gaule est restée romaine pendant près de 400 ans. Durant cette période, l’Empire romain est parfois comparé à la mondialisation par des historiens aujourd’hui. En effet, bien qu’il y ait des communautés assez différentes entre les Gaulois, les Hispaniques, les Bretons (l’île, pas l’Armorique), les Dalmates, les Grecs, les Égyptiens ou les Syriens, on observe plusieurs points communs au monde romain : les infrastructures inspirées de Rome ou de l’Italie, la langue de l’administration (le grec ou le latin), l’armée, les thermes, etc. Reste que dans l’histoire de la France qu’on le concevait autrefois à travers l’image d’Épinal, pas de personne connue qu’on puisse identifier à l’époque romaine. Quand on pense Gaulois, on évoque Vercingétorix. Les Mérovingiens ? Clovis. La Guerre de Cent ans : Jeanne d’Arc, et j’en passe. Mais la Gaule romaine, pas grand-chose. Epona dit bien que la Gaule romaine est le genre d’époque qu’on zappe en douce, « on passe de Vercingétorix à Clovis direct ».

      Suite aux pouvoirs des dieux, en particulier Taranis, Blaise Pichon est projeté à l’époque romaine sans le vouloir. Il se retrouve directement en 177 à Lyon où se passait une persécution contre les chrétiens dont les plus célèbres sont Blandine ou Bibilis.



      Le choix des auteurs de s’attarder d’abord sur le martyre des chrétiens de Lyon est intéressant. Cette persécution est surtout évoquée dans des manuels d’histoire ou lorsqu’on évoque l’époque romaine. Elle est devenue une image d’Épinal. Blandine par exemple, a été flagellée, placée sur un grill brûlant, livrée dans un filet à un taureau qui s’en sert de punching-ball. Charmant hein ? Pourtant, comme le précise l’historien, le martyre de Lyon n’est pas l’événement le plus important. Nous sommes à Lyon, une des cités les plus importantes de la Gaule. Elle fut le siège du primat des Gaules plus tard. Il y a donc un intérêt à parler de la mort des chrétiens. Le martyre n’est ni le premier, ni le dernier et certainement pas l’un des plus grands événements de l’histoire romaine de la Gaule.

      Par mégarde, l’historien est projeté encore en arrière dans le passé (en emmenant Bibilis au passage !). Nous sommes au début de l’époque romaine de la Gaule, toujours à Lyon. Pichon et les dieux assistent à une séance rituelle à Lugdunum. Rome a organisé la Gaule romaine en trois provinces, en plus de la Narbonnaise, l’Aquitaine, la Lyonnaise et la Belgique. Lyon était devenue la capitale des Trois Gaules. La Gaule a en tout quatre provinces pendant trois siècles. Comme pour chaque album, des historiens de toutes périodes sont mélangés pour chaque période. Nous verrons plus tard la figure de Tacite ou Suétone. Mais aussi Camille Jullian qui apparait au moment où Blaise Pichon assiste au rituel religieux romain :



      Camille Jullian est un historien mort en 1933. Il avait écrit une histoire de la Gaule romaine entre 1907 et 1928. Il est surtout celui qui a popularisé l’expression « gallo-romain » apparu vers 1830. En gros, il y a une harmonie (ou fusion) entre l’apport romain et la tradition gauloise. Seulement, le mot « gallo-romain » est bidon car il n’existe pas d’autres équivalents dans d’autres pays. Pas d’hispano-romain, britano-romain, dalmato-romain, etc. ce qui est absurde pour l’histoire du monde romain. Le cas est bien plus complexe mais on ne peut pas parler de « gallo-romains » dans l’absolu.

      Pendant tout l’album, des fiches sont proposées pour parler des usages romains de la Gaule. Amphorix se pose comme le professeur du garçon à lunettes en parlant de plusieurs sujets assez divers comme les divinités gauloises, la fiscalité romaine, le territoire de la Gaule, les thermes, la ville etc. Ici, vous pouvez voir une fiche sur la bière et le vin :



      Blaise Pichon et Camille Jullian assistent à une réunion des notables. L’occasion de la bd était venue d’évoquer le statut des personnes ainsi que l’évergétisme. L’Empire romain n’est pas une vision monolithique du monde peuplé par des citoyens romains mais une agrégation de provinces, de cités, de communautés. Il y a autant de statut de cités que d’habitants. Ainsi, il y a les colonies romaines, les colonies honoraires, les cités de droit latin, les cités fédérées, les cités pérégrines, les nomes égyptiens, etc. Chez les personnes, citons les esclaves, les citoyens romains, les pérégrins, les citoyens affranchis (sans droits politiques) etc. La Gaule (et l’Empire) offre une image complexe des statuts variés dans lesquels les cités gardent une autonomie. Parmi les sujets de la réunion, il y a ce que nous appelons l’évergétisme. C’est un acte volontaire ou contraint dans lequel un notable riche propose un bâtiment public, un spectacle, une réparation des édifices, une construction des routes entre autres, qu’il finance sur sa propre caisse. Comme l’explique Pichon à Jullian, c’est le ruissellement par le haut à la romaine. Volontaires ou non, les notables le font vraiment (et c’est dans leur intérêt) contrairement aux copains de Macron.

      Le troisième tome de la collection nous montre à voir les différents sujets de la civilisation romaine. Ainsi, Pichon se retrouve dans une villa par un marchand qui le prend pour un dieu. Il assiste à une fabrication de vin, mange des saucissons, plonge dans les thermes privés. Déjà auparavant, poursuivi par un groupe, il traverse avec Jullian les latrines dont le vieux historien vante encore la civilisation « gallo-romaine ».

      Pendant ce temps, cherchant à comprendre pourquoi les divinités ont perdu leur influence au cours de l’histoire romaine, Epona et les autres voyagent dans le temps et assistent à des événements politiques de la Gaule. En 21 de notre ère, Julius Sacrovir et Julius Florus, deux gaulois, se soulèvent contre les autorités romaines. On envoie les légions de Germanie mater la révolte. Les deux mecs se suicident par immolation. Révolte gauloise ? Non, une banale révolte antifiscale. En 69, une grave crise éclate dans l’Empire romain. Le gouverneur de la Gaule Lyonnaise dénonce la politique de Néron. Il réussit à rallier le gouverneur de Tarraconnaise Galba. Mais l’armée de Vindex est écrasée par l’armée de Germanie supérieure (encore la Germanie !) dont le gouverneur est resté fidèle à Néron. Vindex se suicide (« hé mais non ! », dixit Taranis). Cependant, le soubresaut de la révolte aura d’autres conséquences qui provoqueront la chute et le suicide de Néron (« hé mais non ! », dixit Taranis). Son suicide est suivi de la guerre civile entre les quatre prétendants au titre impérial, Galba, Othon, Vitellius et Vespasien (en 69, la fameuse année des quatre empereurs). Epona, en voyant tout ça, conclut que ce n’est pas très gaulois. Ces événements montrent que la Gaule ne peut pas être isolée de l’Empire romain.

      Comprenant qu’il est vain de modifier le cours des événements en leur faveur, les dieux sont résignés à tomber dans l’oubli. Mais Blaise Pichon leur explique que le déclin des divinités n’était pas une fatalité. Intriguée, Epona le téléporte dans un endroit vide (après s’être débarrassée de l’encombrante chrétienne Bibilis en la foutant en 177). C’est dans cet endroit que l’historien conte aux dieux la suite de l’histoire de la Gaule à partir du IIIe siècle. Ce siècle est secoué par de multiples crises impliquant plusieurs lieux de l’Empire. La Gaule est l’une des provinces les plus touchées (l’Afrique moins). L’armée joue un rôle de plus en plus important, faisant et défaisant empereurs ou usurpateurs. On ne compte plus le nombre de mecs voulant être empereurs à la place des empereurs ou finissant par mourir de mort violente. Au milieu du IIIe siècle, la Gaule est frappée par des incursions des Francs et des Alamans. La Gaule connait même une période où elle s’est détachée de l’Empire en formant ce que les historiens ont appelé improprement « empire des Gaules ». Ce n’était pas un empire gaulois à parler puisque les empereurs qui ont pris le pouvoir dans les Gaules se comportent comme des empereurs romains (ils frappent des monnaies, ont une titulature proprement romaine, etc.). Tous ces soubresauts se terminent par l’avènement d’Aurélien qui réunifie l’Empire. Ses réformes et celles de Dioclétien ramènent la paix pour un long moment au cours du IVe siècle.

      Au grand dam du gnome rouge Taranis, Blaise Pichon explique que le christianisme n’a pas réellement provoqué le déclin des cultes païens. L’archéologie a révélé un déclin à partir du début du IIIe siècle, bien avant que le christianisme ne se propage réellement en Gaule. Il y aura désormais coexistence des cultes païens et chrétiens. Il montre également que la perte des influences païennes n’était pas une fatalité en parlant de l’empereur Julien l’Apostat (ou le Philosophe), régnant entre 360 et 363. Au milieu des empereurs chrétiens du IVe siècle, il était le seul empereur païen. L’historien raconte une courte biographie de l’empereur. Julien avait passé ses hivernages à Lutèce (Paris). Jusque-là, Lutèce n’était qu’une cité insignifiante par rapport à d’autres cités. Cependant, la cité a lentement gagné en importance, surtout depuis que Julien a saisi l’importance défensive du site entouré par la Seine. Sa mort en Orient a mis fin à l’expérience d’un empereur païen.

      Puis, l’historien évoque les « invasions barbares » au siècle suivant en insistant surtout sur Attila. Il mentionne l’origine, l’avènement du roi hunnique, l’intrigue de l’impératrice Honoria qui a fait qu’Attila a sauté sur l’occasion pour taper sur les Romains, les attaques contre la Gaule, l’intervention de Geneviève à Paris, la chute d’Attila. Tandis qu’il s’approche de la fin, l’historien est subitement entouré de monuments antiques qui s’écroulent. C’est à ce moment qu’il rencontre le célèbre historien britannique mort en 1794, Edward Gibbon. Il fut l’auteur de l’ouvrage Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain. Ce mec a une vision décliniste de l’Empire romain. Il traverse les ruines en chantant en anglais la ruine de l’Empire. Blaise Pichon tente de lui expliquer que ce ne sont pas les choses qu’on voit à notre époque. Camille Jullian intervient dans le débat. Il impose l’idée que si l’Empire a chuté, l’arrivée des Francs, la collaboration (je ne me rappelle plus de sa phrase) des « Gallo-romains » ont permis l’émergence de la France à partir de ce moment. Face à une vision décliniste de Gibbon et une vision anachronique de Jullian, Pichon rétorque que l’époque n’était ni plus, ni moins qu’un monde propre, une propre évolution. Il est sauvé par Taranis qui le ramène à son époque. Revenus à notre époque, les dieux Jupiter et Taranis sont désormais apaisés.

      Comme d’habitude pour chaque album, la fin de l’album propose des textes complémentaires sur la Gaule romaine.


      Le prochain post évoquera les Mérovingiens.
      Dernière modification par sisou, 30 mars 2019, 19h26.

      Commentaire


      • #4
        Ach, sehr gut, Meister Sisou.
        sigpic
        "Wijn is venijn, bier is plezier"

        Commentaire


        • #5
          LES TEMPS BARBARES



          Deux historiens d’époques différentes, le français Augustin Thierry (mort en 1856) et l’allemand Gustav Kossinia (mort en 1931) discutent ensemble sur l’origine de leurs pays, plus particulièrement au lendemain de la chute de l’Empire romain. Thierry se pose en héritier de la lointaine Gaule, ancêtre de la France à ses yeux. Kossinia, lui, s’attache à la Germanie d’où partent les valeurs de son pays à travers les « migrations » en Europe. On le voit, leurs points de vue sur l’irruption des Barbares en Gaule ne sont pas les mêmes. Pour le premier, les Barbares sont des envahisseurs détruisant la civilisation gallo-romaine. Pour l’autre, au contraire, les Barbares ne font que migrer apportant avec eux leur culture en Gaule (« Grandes migrations »).



          Mais le thème de l’album est bien la période mérovingienne de la France. Simplement, l’historien Bruno Dumézil veut montrer que le point de vue de ces deux historiens est dépassé par les recherches récentes. L’histoire de l’album s’étend de la chute de Rome à l’avènement de Pépin le Bref, fondateur de la dynastie carolingienne. Attention, jusque ici, l’album est le plus décalé, le plus drôle, le plus impertinent des albums précédents. Les anachronismes sont volontaires, les répliques sont cocasses, les allusions à la culture populaire (Hulk, Dark Vador…) apparaissent par-ci, par-là. L’album se paie même Stéphane Bern.

          Avant d’évoquer l’apparition des Mérovingiens, il était nécessaire de comprendre l’arrivée des Barbares en Gaule et donc d’étudier la chute de Rome. Justement, c’est sur ce tableau appelé « tableau pompier » que sera utilisée la femme dénommée Thusnelda pour évoquer le déclin de Rome :



          Certes, le 3e tome de l’Histoire dessinée de la France avait parlé des Invasions barbares. Mais il s’appuie plus sur les événements historiques et militaires. Ici, Thunsnelda va insister sur les aspects économiques expliquant le pourquoi des « Invasions barbares ». Elle va se transformer en professeure d’histoire expliquant aux Goths installés dans une classe d’école. Pour résumer, de multiples crises du IIIe siècle ont fait mal à l’Empire romain. Des usurpateurs veulent devenir empereurs qui veulent devenir empereurs à la place d’empereurs. De là éclatent plusieurs crises politiques dans lesquelles l’armée devient de plus en plus importante. Comme si ça ne suffit pas, l’économie est déstabilisée, la démographie baisse également. Même si les crises du IIIe siècle sont passées, l’Empire a besoin de thune pour payer l’armée qui défend les frontières de l’Empire, non seulement sur le limes occidental mais également pour se défendre contre les Parthes en Orient. Sans compter que plusieurs Romains ne sont pas très chauds pour s’engager dans l’armée. Que faire ? Les Romains reprennent une vieille idée, appelée le foedus. Il s’agit du traité d’alliance entre Rome et une cité étrangère. Là, les Romains vont l’utiliser pour engager des Barbares. En vertu de ce traité, Rome installe des Barbares à l’intérieur de l’Empire. En échange, les Barbares (désormais considérés comme des peuples fédérés) s’engagent à défendre l’Empire contre les incursions étrangères. Sous cette perspective, on ne parle plus des Invasions barbares puisque Rome a volontairement installé des peuples dans l’Empire. « Mais nous ne sommes pas censés être des envahisseurs ?! » s'indigne le chef des Goths à la professeure Thusnelda. Les troupes fédérées respectent fidèlement le traité, foutant parfois des défaites à d’autres Barbares qui tendent d’envahir l’Empire comme la bataille de Pollentia où les Romains et les Alains ont vaincu les Wisigoths en 402. Rome utilise de plus en plus de Barbares dans l’armée. C’est ce que les historiens ont appelé la « barbarisation de l’armée ».

          Il convient de préciser que les Barbares ne sont pas tous Goths, pas tous Francs, pas tous Alamans, pas tous Vandales, etc. En gros, chaque peuple ne constitue pas un peuple homogène mais rassemble des hommes des origines diverses qui viennent se greffer à l’habitat d’origine. Par exemple, un guerrier qui va chez les Goths devient un « Goth ». Il est probable qu’il y ait un mélange des Germains d’origine (surtout transfrontaliers de l’Empire), de Romains fuyant l’Empire ou pour une autre raison, au sein de chaque peuple. Quoi qu’il en soit, plusieurs migrations des Barbares-fédérés les amènent à piller Rome, à s’installer en Aquitaine (ainsi les Wisigoths), etc. C’est dans ce contexte que les Francs vont commencer à jouer un grand rôle à l’instar de Childéric Ier et de son fils Clovis Ier.

          Alors que Thierry et Kossinia pique-niquent, un historien belge (j’ai oublié son nom) s’incruste dans la conversation. Il leur parle de la Belgique comme la patrie des Francs en gros. Les deux historiens s’esclaffent. « La Belgique avant 1830 ? Faut pas déconner ». Il est amusant de les voir rigoler d’autant plus que c’est le même français qui disait à l’allemand que l’Allemagne n’existe pas avant le XIXe siècle. On peut en dire de même pour la France qui n’existe pas à l’époque mérovingienne. Pourtant, c’est bien dans ce qui fut la province de Belgique seconde qu’apparaissent Childéric et Clovis. Ce dernier rencontre le squelette qui est en réalité son père. Clovis se vante de ses conquêtes. Son père lui rétorque pourtant qu’il n’a pas fait les conquêtes tout seul et a remporté des batailles avec l’aide des autres royaumes barbares ou de l’Empire romain. Plus tard, intervient Grégoire de Tours qui explique qu’à son époque (fin VIe siècle), Clovis a presque été oublié. A la surprise de celui-ci, l’évêque de Tours lui répond que les trahisons ou les massacres envers les rivaux francs ont terni la réputation du roi franc. Grégoire est l’auteur du monumental Histoire des Francs. Lorsqu’on demande à l’évêque si son œuvre s’est bien vendu, il répond gêné « gentiment ». Venance Fortunat, poète italien et contemporain de Grégoire, dit même que c’est « oune bide ». Le parchemin coûte cher. J'ai même lu une partie de son œuvre qui fait près de 600 pages. Alors, imaginez le nombre de moutons ou chèvres abattus pour des parchemins de son œuvre. Grégoire avoue avoir arrangé le récit du baptême de Clovis (comme la date de Noël qui n’est peut-être pas sûr ou le nombre de 3000 guerriers baptisés avec lui, qui est un chiffre biblique, etc.). Le roi des Francs peut se targuer d’être le premier roi baptisé. Ce à quoi Grégoire et Venance Fortunat disent non puisque d’autres rois barbares ont déjà été baptisés avant lui.



          Le nouveau chapitre s’ouvre sur le dessin imitant le tableau montrant le meurtre de Galswinthe comme ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Galswi...Galswinthe.jpg

          Alors que Chilpéric est en train d’étrangler Galswinthe, Venance Fortunat entre dans la chambre. Tranquille, en tant qu’enquêteur, il vient leur demander des renseignements sur la société mérovingienne comme les violences. La femme et l’homme interrompent leur scène comme si de rien n’était. Le couple consent à parler de leur société. Notamment la loi salique. Oui, vous savez sûrement que la loi salique introduit quelque chose comme un truc appelé la loi du talion. Une page imagine sous forme de combats de jeu vidéo, la loi du talion (avec une barre de vie au-dessus des personnages). Chilpéric s’est déguisé en CRS pour expliquer les subtilités de la loi salique. Si elle admet une forme de loi du talion, elle n’omet pas d’inclure Dieu dans la partie. Il peut être parfois humiliant de s’être trompé et que Dieu peut vous punir si vous faites des conneries. Pour résumer, il n’est pas toujours sûr que la loi salique soit bien appliquée dans toute sa rigueur.

          On passe ensuite à l’économie mérovingienne. Nous voyons apparaitre le fameux évangélisateur irlandais Colomban. Il a une vision rigide de la morale chrétienne (« Pas de vin ! C’est de la dépravation ! » etc.). Il parle aux historiens français et allemand de ses moutons d’Irlande dont il s’intéresse beaucoup. Un peu trop pour être suspect. Pour le commerce, nous sommes à Marseille. Comme on ne sait pas à quoi ressemblait la ville à l’époque, on imagine vaguement des bateaux médiévaux et des terrasses de bar de ce qu’il y a de plus XXIe siècle. C’est là que Thierry et Kossinia croisent le célèbre historien belge Henri Pirenne (« encore un belge », s’exclame le français). Alors qu’on pensait que l’Antiquité méditerranéenne s’arrêtait au Ve siècle, il avance que le Moyen Âge a commencé un peu plus tard. Il montre que le commerce méditerranéen n’a pas cessé à la chute de l’Empire romain d’Occident et a continué jusqu’au VIIe siècle. Il rend l’Islam responsable de la chute du commerce méditerranéen qui s’est déplacé vers le nord. Depuis, sa théorie a été relativisé puisque le commerce « international » s’était déjà déplacé vers le nord au VIe siècle et que l’Islam n’était donc pour rien dans cette chute. Dans ce chapitre, Grégoire de Tours dit qu’on ne va pas en Syrie mais on se fournit chez « le Syrien du coin ».

          Un autre chapitre s’ouvre sur la fameuse page détournée de Closer :



          Ce chapitre évoque l’évolution du royaume mérovingien (ou des royaumes). On y voit un enfant-roi, Clovis II représenté par un tableau du XIXe siècle le peignant en enfant manipulé par des puissants du royaume. Pourtant, le chapitre le montre comme quelqu’un d’intelligent par rapport à son ancêtre Clovis Ier. Il le ridiculise parfois même par ses arguments ou des exemples. La dynastie mérovingienne se singularise par l’existence du partage du royaume entre les héritiers pendant ce temps. Ainsi, le premier partage entre les fils de Clovis Ier. Ces partages ont intrigué les historiens dont certains pensent qu’ils désavantagent ou affaiblissent les Mérovingiens. Pourtant, Clovis Ier dit bien que les empereurs romains se partageaient bien l’Empire. Du reste, si le regnum se divise en plusieurs royaumes, il peut se réunifier plus tard lorsque leurs rois meurent sans héritiers. Clovis II parle de l’administration mérovingienne. A la fin, nous voyons les trois Pépin, en gros Pépin de Landen (+ 640), Pépin de Herstal (+ 714) et Pépin le Bref. Ils complotent ensemble contre les rois mérovingiens en faisant attention à ne pas se précipiter, les rois étant alors encore populaires. En même temps, ils font des opérations médiatiques comme l’ouverture du magasin Charles Martel à Poitiers en 732 (ils montrent l’affiche publicitaire s’inspirant de Leroy Merlin). Enfin, on les voit destituer le dernier roi mérovingien Childéric III. Dont les longs cheveux sont coupés.

          L’avant-dernier chapitre est encore l’occasion d’évoquer quelques sujets sur l’histoire et la société mérovingiennes. Ainsi, le présentateur n’hésite pas à demander à Clovis :



          Le passage montre que l’histoire du vase de Soissons est surtout imputable à Grégoire de Tours (« faut bien vendre », dixit l’évêque) et que c’est bien plus compliqué que ça. Nous passions ensuite sur d’autres aspects comme les prénoms portés à l’époque ou la cuisine. A propos des prénoms, le fait de porter un prénom franc ne signifie pas que la personne est bien une Franque au milieu des Gaulois. Ainsi, autrefois, une personne portait le prénom Lupus qui sera plus tard transformé en Wolf (sais plus le prénom exact). Celui qui porte ce prénom d’origine germanique peut passer pour un Franc alors que ce ne pourrait pas être exact. Un peu comme autrefois des Gaulois qui portaient un nom celtique avant d’adopter des noms romains ou romanisés.

          Le dernier chapitre me parait être l’un des plus intéressants. Venance Fortunat enquête en posant une question simple « quand a commencé le Moyen Âge ? ». La question, vous vous en doutez, n’est pas simple et dépend de ce que des historiens veulent bien lui donner une date de début. Le Moyen Âge peut bien commencer sous les Mérovingiens comme sous les Carolingiens ou encore au début de la période féodale. Galswinthe et Clovis II disent même que le Moyen Âge n’existe pas tout comme la France à leur époque. Pendant cette discussion, des mentions de faux mérovingiens comme Pharamond sont signalés à Childéric et Clovis qui n’en ont jamais entendu parler. Clovis II, au contraire, leur confirme l’existence de Pharamond dans les écrits au VIIe siècle. C’était pour ajouter des ancêtres plus prestigieux, dit-il. Pourtant, des érudits ont pris au sérieux l’existence de ces Mérovingiens imaginaires au XVIIe-XVIIIe siècle. D’où l’importance de ne pas se laisser abuser et de faire attention aux sources.

          Finalement, Augustin Thierry et Gustav Kossinia admettent devoir modifier un peu leurs opinions sur le passé de la Gaule mérovingienne. Mais ils écrivent ensuite que « c’est sans doute plus compliqué que ça », si je me souviens bien.


          Nous allons passer aux Carolingiens dans le prochain post. Enfin presque.
          Dernière modification par sisou, 06 avril 2019, 20h04.

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          • #6
            QUI EST CHARLEMAGNE ?




            En temps normal, l’album aurait dû sortir plus tôt après le 3e album (si, si, je parle bien du 3e, pas du 4e). Sylvie Joye, l’historienne (une première dans la série) aurait dû collaborer avec un dessinateur argentin. Cela ne s’était pas fait pour une raison inconnue. Fin 2018, l’autre dessinateur, Damien Vidal, a été choisi pour illustrer l’album. J’ai aussi appris qu’il avait terminé le scénario en janvier 2019, le story-board en juin 2019, le coloriage et l’encrage des 110 pages fin décembre. Il a donc fait le boulot pendant près d’un an. Avec un nouvel retard du évidemment au virus, l’album sort finalement en septembre 2020.

            Le tome met donc en scène deux collégiens (Carl et un garçon manqué, Bertille). Ces prénoms sont sûrement un hasard dans le cadre de l’album. Ils se sont perdus dans le musée du Louvre, lorsque Carl tombe sur une statuette représentant un cavalier moustachu :




            Cependant, comme vient de le dire un employé du musée, la statue pourrait ne pas représenter Charlemagne. Elle pourrait illustrer son petit-fils Charles II le Chauve. Ce n’est pas clair. Les deux adolescents ont pu rejoindre le groupe scolaire. Mais désormais, ils ne vont plus s’arrêter de s’interroger sur Charlemagne, d’où le titre de l’album. Commence alors un récit sur les premiers ancêtres de l’Empereur, raconté par une prof d’Histoire-Géo. L’ascension de Charles Martel qui est le célèbre représentant de la famille des Pippinides. Les Pippinides ? Ils tirent ce nom de plusieurs mecs qui s’appellent Pépin (le premier était Pépin de Landen comme maire du Palais en 624). A force d’accumuler les Pépin, il faut bien les appeler les Pippinides. Puis, viennent les fils de Charles Martel, Pépin (le Bref) et Carloman. Le dernier roi mérovingien tondu et dégagé, la dynastie carolingienne est inaugurée d’où les Carolingiens. La prof finit d’évoquer les deux fils de Pépin, Charles et Carloman lorsqu’un son d’olifant retentit. Ce n’était que la sonnerie de la fin du cours. La prof était en plein délire lorsqu’elle parlait des Pippinides et des premiers Carolingiens.

            Les gamins croisent dans la rue Louis XIV, Napoléon III et le général De Gaulle. Ces trois personnages historiques racontent à quel point Charlemagne a pu être leur modèle. Mais on n’omet pas que l’Allemagne nazie a aussi pris l’empereur pour modèle (IIIe Reich et division militaire Charlemagne). Un représentant de l’Union européenne n’est pas en reste, montrant aux gamins un prix Charlemagne. Nos deux personnes préfèrent ensuite partir car elles commencent en avoir un peu marre des discussions stériles entre ces personnages ci-dessus.

            Bertille et Carl parcourent le long du quai Voltaire de Paris, près de la Seine, où sont installés des bouquinistes. Tandis que Carl feuillette une bd, Bertille trouve une gravure de Dürer représentant Charlemagne avec la barbe fleurie. Un bouquiniste leur explique que le terme « barbe fleurie » est une mauvaise traduction du mot flori qui signifie blanc en vieux français. Le bouquiniste n’est autre qu’Eginhard, un lettré, qui leur lit des passages de son œuvre sur le Carolingien. Il les invite ensuite à aller à Aix-la-Chapelle ce qu’ils feront à la page suivante. Ils entrent aux thermes et voient Charlemagne en train de nager. Si Carl n’hésite pas à plonger dans la piscine, Bertille refuse de le faire car elle n’a pas apporté de maillot. Carl mentionne les futurs modèles à Charlemagne (Louis XIV, etc.) mais l’empereur ne les connait pas et n’a qu’un modèle : Constantin Ier le Grand, l’empereur romain.

            Bertille qui n’a rien à faire aux thermes se promène à Aix. Elle entre au hasard dans une maison et rencontre une femme noble. Elle la prend à tort pour Berthe de Laon, la mère de l’empereur. En réalité, elle est une de ses filles portant le même prénom. Elle lui explique que son père a 17 enfants issus de plusieurs femmes et concubines. Le souverain est un père possessif qui refuse de marier ses filles et oblige ses enfants à le suivre partout afin d’assurer leur éducation. Des filles restent célibataires toute leur vie ? Non, certaines s’arrangent pour voir leur amant. Ainsi, Berthe voit en douce Angilbert, l’un des conseillers du roi. Ils auront d’ailleurs un fils, le célèbre chroniqueur Nithard que la bd parlera plus loin. Leur amour n’était d’ailleurs pas si secrète même s’ils sauvent les apparences. Finalement, Berthe est forcée de suivre l’un des serviteurs sur ordre de son père. C’est ainsi que Bertille aperçoit son copain Carl déguisé en cavalier carolingien. Bertille imagine bien le nombre de vêtements et d’armes que porte le collégien :




            A côté, on observe une scène où des hommes viennent s’agenouiller devant Charlemagne. Il leur remet un ticket train à aller dans le lieu choisi par lui. Ainsi, un homme originaire de Mayence doit partir pour le sud-ouest de la France administrer les terres au nom de l’Empereur. Pour parer à toute révolte, Charles les oblige à se soumettre publiquement et à le reconnaitre comme leur suzerain. Ce système de vassalité sera plus tard adopté massivement à l’époque féodale. Eginhard souhaite montrer aux collégiens les soubresauts politiques de l’Empire carolingien. Ainsi, il les invite à entrer dans une grotte. Dans celle-ci, se trouvent des gravures représentant plusieurs événements politiques liés aux empereurs ou rois carolingiens : Louis le Pieux, mort de Charles II le Chauve, avènement de Charles III le Gros et cetera jusqu’à Hugues Capet. Eginhard montre en quoi la dynastie peut apparaitre fragile :




            Les collégiens quittent Eginhard en retournant à Paris. Dans une autre page, un public adulte assiste à une représentation théâtrale installée dans une salle de basket au collège. Des élèves jouent une scène qui se passe en 799-800. Le pape Léon III mécontente le peuple romain (because moralité douteuse) et se trouve un peu dans la merde. De plus, il ne se sent pas soutenu par les Byzantins. Il a eu l’idée de faire appel au souverain franc. Charlemagne (joué par Carl) dit ok au pape en le disculpant des faits reprochés au pontife. Bon, Léon est un peu humilié mais se venge en couronnant lui-même le jour de la Noël 800, à la stupeur du carolingien. Évidemment, le nouvel empereur est furieux du coup de pute du pape mais au final c’est bien l’Empire qui contrôle l’Église. Carl qui en fait un peu trop déchire le rideau de scène. Il est pour ce fait convoqué par le principal du collège. En allant à son bureau, Carl et Bertille évoquent les conquêtes et la diplomatie de Charlemagne (la fille taquine son ami en lui parlant de Roncevaux). En entendant du bruit de la classe, ils jettent un coup d’œil dans la salle et tombent sur la même prof d’Histoire devant des adultes. Chaque adulte prétend avoir une bonne vision de l’Empereur. Le conquérant, le sage, le coléreux, le défenseur de la foi, etc. Ils désespèrent la prof. Elle est rassurée par son collègue qui dit la même chose pour Arthur en qui certains voient soit un général romain, soit un chef de guerre celte.

            Dans son bureau, le principal parle à Carl de la « fameuse invention de l’école » ou plus précisément de l’instruction voulue par Charles pour le salut de l’Empire. Puis il l’oblige à faire plusieurs copies en guise de punition. L’adolescent va dans une autre salle qui n’est autre qu’un scriptorium. Un moine lui enseigne combien les copies sont importantes pour la transmission des œuvres antiques sans quoi elles seraient irrémédiablement perdues (merci les copistes !). Le moine lui montre également la minuscule caroline bien plus lisible que la paléographie mérovingienne. Un autre passage mentionne des lettrés d’époque carolingien parmi lesquels Nithard le petit-fils de Charlemagne par sa mère Berthe (cf. plus haut). Les fameux serments de Strasbourg en 842, où Charles le Chauve et Louis le Germanique prêtent serment dans leurs langues respectives, le roman et le tudesque, sont aussi mentionnés dans la bd.

            La punition terminée, Carl quitte avec son amie le collège pour aller chercher du pain. Ils entrent dans une boulangerie carolingienne. Suit un passage sur l’utilisation de la monnaie (frappe, émission, explication sur le monogramme de Charlemagne, etc.). Ceci fait, ils quittent la boulangerie. Ils longent le marché où ils croisent un marchand d’esclaves :




            A côté de lui, l’homme se présente comme un homme libre, plus exactement un serf. Si je me souviens bien, il explique au marchand que sont statut est plus enviable qu’un esclave. En fait, si un serf est libre, il reste sous la contrainte de son suzerain. Libre mais pas si libre que ça. Soudain, ils sont effrayés et prennent la poudre d’escampette. Derrière les gamins se trouvent deux Vikings. Un Viking attrape l’un des persos de l’album et explique que « vikingr » désigne une activité de piraterie. Les uns disent que les Vikings ne sont que des pillards, les autres qu’ils sont des commerçants. Ils peuvent être les deux à la fois. Le Normand présente une tablette où Carl joue un jeu de Vikings. Un perso s’oppose aux Normands ? Il meurt comme Robert le Fort à la bataille de Brissarthe en 866 ? Un autre est plus conciliant envers eux ? Il leur verse un coffre d’or comme Charles III le Gros pendant le siège de Paris en 887. D’autres vignettes signalent des explications sur le Danegeld (racket viking) ou les bateaux normands sur les dernières pages. Finalement, les deux Vikings quittent nos compères en montant sur le bateau qui remonte la Seine, tranquille.

            Enfin, les adolescents retournent aux Louvre. Pour parler de l’épée Joyeuse, l’épée de Charlemagne, à mi-chemin entre l’Histoire et la fiction, avec le même employé du Musée. Contrairement au début de l’album, Bertille et Carl semblent être devenus savants et non plus ignorants de la période carolingienne.


            Le prochain post parlera des temps de la féodalité.
            Dernière modification par sisou, 02 octobre 2020, 16h54.

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            • #7
              CHEVALIERS, MOINES ET PAYSANS




              La couverture du livre est une claire référence à la fameuse tapisserie de Bayeux (ou plutôt broderie de Bayeux). L’album se distingue des précédents par le choix volontaire du nombre restreint des couleurs : blanc, noir, bleu, orange, rouge…. et c’est tout. Apparemment, c’est une habitude du dessinateur puisque j’ai vu la même chose sur une de ses bd. Parfois, au fil des vignettes, les visages des personnes sont entièrement colorisés alors que ce n’est pas la bonne couleur. Ça rappelle les premiers albums de Lucky Luke où on met du rouge à plusieurs visages. Les titres des chapitres ressemblent assez aux modes graphiques des années 60 (ou du moins, c’est ce qu’il me parait). La période historique se passe du Xe au début du XIIe siècle grosso modo. C’est ce qu’on appelle la période féodale.

              Lorsqu’on parle des temps féodaux, on pense forcément aux chevaliers, aux châteaux forts, aux rituels de chevalerie entre autres. Ne me dites pas que vous n’y avez pas pensé vous non plus. Forcément, le chevalier de l’album s’imagine être le héros ici. A son grand regret, le tome traitera avant tout de la religion, des religieux. Au terme de l’album, on comprend mieux pourquoi le traitement de la religion est justifié car elle a apporté de nombreux bouleversements, pas seulement la religion elle-même mais également de nombreux pans de la société féodale.




              Oui, désolé, chevalier. Il va falloir te résigner. En même temps, dans une époque où les croyances chrétiennes en un paradis et un enfer sont fortes, il vaut mieux écouter l’Eglise. Tu es dans une sorte de jeu vidéo, si tu te conduis mal, tu es bon pour un game over et condamné à danser en enfer. Mais les religieux peuvent sauver votre âme parce que ce sont des professionnels de la prière. On leur donne de l’argent pour assurer non seulement leur subsistance mais aussi du temps disponible pour assurer des messes pour le salut des âmes. Pas étonnant à ce que dans nos campagnes ou villes, des églises pullulent comme par magie. Le symbole de la richesse de l’Eglise.

              Justement, le début du Xe siècle mentionne l’avènement de l’ordre de Cluny. Le chevalier rencontre par hasard le moine Raoul Glaber. Celui-ci vivait à l’an mil et fut célèbre pour avoir produit des récits historiques autour de l’an mil. L’abbaye de Cluny est fondée en 909 ou 910. Raoul Glaber fait visiter le chevalier dans son abbaye (normalement, les laïcs n’ont pas le droit d’y entrer mais comme on est dans une bd, le chevalier peut y entrer pour la bonne cause de l’Histoire). Après une visite, le chevalier se demande ce qu’a de particulier Cluny. Après tout, ce ne sont pas des abbayes ou prieurés qui manquent depuis l’Antiquité. Le moine explique au chevalier pourquoi et comment :




              Il raconte comment Guillaume le Pieux, l’un des seigneurs féodaux les plus puissants de son temps (cad non dépendant ou si peu du roi ou de l’empereur) et sa femme Ingilberge, sœur du roi de Provence, ont fondé une abbaye vers le début du Xe siècle. Il donne aussi le contexte de la fondation de Cluny (Carolingiens qui s’effondrent lentement, etc.). le couple fait don de leurs terres aux moines du nouvel abbaye et à la papauté. Mais aussi, ils consentent à ce que les moines ne soient sous le joug des seigneurs féodaux, ni leurs biens confisqués quoi que ce soit. Le but des moines est la prière uniquement pour le salut des âmes. Indépendance donnée aux moines, voilà ce qui est entièrement nouveau. Autrefois, des princes laïques disposent des abbayes ou prieurés à leur guise (normal pour le chevalier). Désormais, ce sont des moines qui dirigent eux-mêmes l’abbaye (normal pour Raoul Glaber). Le succès de Cluny est considérable et beaucoup d’abbayes ou prieurés de la Chrétienté souhaitent se mettre sous son joug.

              Sautons le temps et posons-nous en 987, date de l’avènement d’Hugues Capet. Parce que l’avènement du roi inaugure le début de la dynastie capétienne, beaucoup ont tendance à faire commencer l’histoire de la France à ce moment. Comme si c’était une révolution. Pourtant, répétez après moi, ce n’est pas un événement, c’est un non-événement. On ne connait même pas la date exacte du sacre d’Hugues Capet (1er ou 3 juillet ?). Pas mal pour un grand événement. Reprenons. Au cours du IXe et Xe siècle, les Carolingiens ont souvent tendance à partir en couilles. Les grands en profitent pour élire de nouveaux rois. Il s’agit d’Eudes et Robert Ier. Des non-Carolingiens donc. Ce n’est donc pas une nouveauté, l’élection d’Hugues. En 987, Louis V meurt (des suites de chasse) sans héritier. Il y a bien son oncle, Charles de Lorraine. Mais il a des défauts (il se tourne un peu trop vers l’est où se trouvent les Ottoniens, il convoite la fille d’un vassal si je me souviens bien, entre autres). Au passage, Hugues a demandé que son rival ait une tête de con, ce qui lui fut accordé. Au cours de la réunion des Grands, Adalbéron de Reims, archevêque de la ville, a fait un discours défonçant le rival carolingien et encensant le rival capétien. Les grands choisissent Hugues. « Dans ta face, Charles », dixit Hugues. Bref, pour être roi, il y a la succession héréditaire ou l’élection. C’est alors qu’Hugues a eu une idée de génie : faire sacrer son filliot Robert de son vivant. Ses petits filliots et petits filliots auront la même idée de génie jusqu’à Philippe II Auguste. Pourtant, près d’un siècle après l’événement, certains se montrent critiques vis-à-vis du roi élu, allant jusqu’à parler d’usurpation (aujourd’hui, nous dirions aussi coup d’Etat). Raf pour Hugues puisqu’étant sacré comme tous les rois francs depuis 751, il est en quelque sorte un laïc sacré supérieur à tous, religieux compris.

              La vassalisation a toujours existé depuis longtemps mais l’époque féodale voit apparaitre des rituels. Un vassal rend hommage à son seigneur, genoux pliés et tête penchée. En retour, celui-ci lui doit protection et assistance. Un vassal rompt le serment ? Bah, il lui sera lourdement reproché, la rupture du serment vassalique s’approche un peu du parjure religieux ou quelque chose comme ça. Cela sera utilisé comme une arme politique contre ses adversaires. Parallèlement aux processus de rituel chevaleresque, des religieux élaborent des théories des trois ordres. Oui, les trois fameux ordres se déclinant comme ça :

              Ceux qui prient
              Ceux qui combattent
              Ceux qui travaillent

              L’Église tente d’imposer sa vision des choses. Chacun à sa place. Mais en même temps, ils sont complémentaires. Les trois ordres « se nourrissent » entre eux. La théorie des trois ordres sera appelée à un brillant avenir jusqu’à la Révolution. Le roi est évidemment au-dessus des trois ordres.

              La tapisserie (ou broderie) de Bayeux a été l’occasion pour les auteurs de raconter la conquête de l’Angleterre par Guillaume, dit le Conquérant plus tard. Il était une fois Edouard le Confesseur, roi d’Angleterre, mort sans héritiers. Qui dit nouveaux héritiers, dit vautours (ou candidats). Il y a trois candidats : Harold Godwinson, Guillaume de Normandie, Harald III le Norvégien. Il y a aussi le quatrième mais il ne compte pas. Harold le moustachu devient le roi. Or, il avait prêté serment à Guillaume pour l’aider à monter sur le trône. Le voilà qui renie son serment. Du moins, c’est ce que disent les pro-Guillaume. RAF pour Harold qui minimise le fait. Harold, je crois que tu as les Norvégiens qui viennent envahir ton royaume. Ah oui merde. Les Anglais d’Harold vont donc buter du norvégien dans le nord. Guillaume ? Il est en train de préparer tranquille son embarquement/débarquement. Tranquille, il l’est car les souverains de Francie et de Flandre sont mineurs. Les Bretons ? Il les a humiliés à Dol et Dinan. De plus, il a la bénédiction du pape sur son drapeau (je ne sais plus exactement). Bref, les planètes sont alignées pour le normand. C’est parti pour un débarquement et une bataille où il bute Harold Godwinson en 1066. Guillaume devient roi. Cependant, les révoltes anglaises font qu’il met une répression impitoyable qui décime beaucoup l’aristocratie anglo-saxon remplacée par une aristocratie franque. On peut aussi parler de « colonisation », ce à quoi se défend Guillaume dans la bd. On parle de Normands. Pourtant, la broderie/tapisserie a été claire. Elle mentionne les Francs/Français (Franci) dans la bataille contre les Anglais. De plus, dans l’armée de Guillaume, il n’y a pas que les Normands proprement dit. Des Bretons, Flamands ou Picards sont également présents. On dit aux Anglais que la dernière invasion réussie a été française ? C’est aussi à cette époque qu’on parle de l’expansion « franque » en Europe, marquée notamment par la conquête de la Sicile par les Normands qui y établissent une dynastie des Hauteville. C’est aussi de cette époque qu’est apparue l’expression Douce France (Doulce France).

              Nous sommes dans une salle sous une tente. A la manière d’un journal télévisé, un « journaliste » médiéval interroge un moine et un noble (j’ai oublié leurs noms) sur les femmes. Pour le moine, c’est simple. Dieu a créé Eve à partir de la côte d’Adam, la femme est donc inférieure. Eve a séduit et entrainé dans la chute Adam, la femme est donc une dangereuse tentatrice. Femme dangereuse à surveiller. Quant au noble, il parle de femmes comme d’éternelles mineures à protéger et à gérer. Il mentionne les remariages où il faut bien caser les femmes après leur veuvage sous l’égide de leur père, frère, cousin ou tout mâle proche. Si elle n’a aucune attache familial, c’est la course à l’échalote surtout si c’est une riche. Au moment où les deux répondent au « journaliste » sur leurs prénoms préférés, des femmes interviennent. « Ça va ? On ne vous dérange pas trop ? » Parler des femmes sans leur demander leurs avis n’est ni pertinent, ni sympathique. Ces femmes ont donc décidé de sortir leurs quatre vérités. La noble insiste sur l’importance du sang. La noblesse passe par le sang. On cherche donc à faire des mariages avantageux suivant le rang de la femme (fille de noble, c’est bien ; fille de prince, c’est mieux ; fille de roi, c’est le graal). La mémoire familial a son importance. Qu’est-ce que qui transmet la mémoire aux enfants ? La femme. Qui dirige la maisonnée des aristocrates ? La femme. Chez les paysans, les femmes ont aussi leur importance. Non seulement en plus d’élever des enfants, elles aident les hommes dans les labeurs agricoles. Cependant, il y a une évolution dans le bon sens pour les femmes, non seulement de la part de l’Église (le mariage est désormais un sacrement. Finis les répudiations a gogo) mais aussi de l’apparition des troubadours/trouvères :



              Il faut le dire, l’Église déteste les troubadours. Car il chante un amour courtois qui n’est ni plus, ni moins que l’amour adultère. L’adultère est assez courant à l’époque féodale. L’Église ne veut pas rigoler avec le mariage qu’elle considère comme un sacrement. Là, les troubadours viennent faire chier l’Église avec leurs histoires adultérines. De plus, d’autres scènes peuvent parfois agacer. Par exemple, l’homme se met à genoux devant la femme en lui déclamant son amour. Or, la position ressemble au rituel des vassaux venant rendre leur hommage à leur seigneur. Avec l’apparition des troubadours, se mettent en place des scènes où des femmes ont leur place comme participer à des jeux avec des hommes. Bref, la situation évolue un peu en faveur des femmes. Le moine en a ras-le-cil d’entendre ces insanités et décide de se casser sous les yeux paniqués du « journaliste » qui tente de le retenir. Il met alors fin au désordre.

              Le troubadour chante les péripéties amoureuses du roi Philippe Ier (père du futur Louis VI le Gros). Il a repéré Bertrade de Montfort, femme de Foulques IV d’Anjou. Il dégage en répudiant Berthe de Hollande et se remarie avec l’autre. Ils finissent heureux ensemble. Le rapport avec la bd ? L’Église. Elle qui a décidé de faire du mariage un sacrement, n’apprécie plus les répudiations. Elle sévit contre le couple en les excommuniant. C’est l’un des résultats de la réforme grégorienne (du nom du pape Grégoire VII, 1073-1085. En fait, les papes suivants font à peu près la même chose que lui). Sur d’autres sujets, la mainmise de l’Église ne manque pas. Ainsi, pour bouffer le Christ dignement, il faut être pur sexuellement parlant. Sus aux prêtres vivant en concubinage ! Il arrive même que des ecclésiastiques pro-célibat envoient tabasser des prêtres concubins au sein même des églises. Ou encore la querelle des investitures où des souverains prétendent confier des bénéfices ecclésiastiques à des personnes de leur choix. L’Église n’apprécie pas. Des conflits, il y en a mais des rois rentrent petit à petit dans le rang, parfois à partir du compromis sur les investitures. L’Église bouleverse parfois le quotidien des gens en consacrant les cimetières autour de l’église ou en instituant la fête des morts le 2 novembre (à l’initiative de Cluny qui a une énorme influence puisque la papauté a décidé d’étendre la fête à la Chrétienté). Des laïcs usurpent les dîmes ? L’Église les récupère. Avec une nouvelle indépendance, spirituelle ou financière, l’Église put construire de nouveaux édifices. Ainsi nait l’art roman en France. Certes, il ne va pas sans tensions ou conflits, déclenchant parfois de l’anticléricalisme. Mais dans le fond, l’Église n’est pas contestée. Ceux qui vont loin dans la contestation peuvent être considérés comme des hérétiques (l’hérésie commence à apparaitre dans le royaume de France peu après l’an mil). Des pogroms apparaissent, le résultat de ce qui peut être du zèle des chrétiens dans leur volonté de se conformer à l’idéal chrétien. C’est dans ce contexte qu’apparait la Première Croisade.

              Tout part du discours du pape Urbain II à Clermont en 1095. Pour résumer, il faut délivrer le tombeau du Christ des mains des infidèles en les butant. Pour convaincre de partir en pèlerinage armé, il propose le rachat des péchés à tous ceux qui vont buter du musulman (en mourant ou non). Évidemment, le chevalier saute sur l’occasion :




              Il n’y a pas que la perspective de voir ses péchés rachetés, histoire de gratter un peu plus le ticket pour le paradis. Il y a aussi le butin et la gloire. La croisade n’est pas le premier du genre à lutter contre le musulman. Il y a déjà ce qu’on appelle la Reconquête en Espagne au cours du XIe s. La période donnée a été l’occasion de rappeler la lente réflexion sur les écarts entre le « tu ne tueras point » des 10 Commandements et le pèlerinage armée destiné à buter de l’infidèle, depuis Auguste d’Hippone (Ve s.) jusqu’au XIe s. La théologie ou le droit, c’est comme les couilles. On peut les tendre là où on veut. Tu ne tueras point ? Mais si, tu peux buter, tant que c’est pour se défendre (« guerre juste ») ou défendre la Chrétienté. Sur la Première Croisade, il y a deux mouvements armés. Le premier, plus populaire, s’est déjà élancé jusqu’en Turquie où il se fera écraser par les Turcs. Le second, celui des barons, parvient jusqu’à Jérusalem où ils la prennent en 1099. Ensuite, ils établissent une principauté (le royaume, ce sera pour plus tard). Bien des chevaliers se cassent ensuite du pays pour rentrer chez. Les autres établissent ce qui est une forme de colonisation. L’évolution a fait ensuite que des moines osent se muer en moines-chevaliers (les fameux Templiers). C’est comme les couilles, les moines peuvent se transformer en guerriers pour justifier la défense des lieux saints.

              Sans le Moyen Age, pas de jeux de rôle fantasy, pas de Game of Thrones, Zelda, d’œuvres de Tolkien, Dragon Quest, et bien beaucoup d’autres encore. Vertigineux. Mais ici, on parle des Xe-XIe siècles. Parmi les œuvres de l’imaginaire médiéval, on trouve des sangliers maléfiques, des géants, des loups-garous, des bestiaux de l’eau, des fées etc. Par exemple, les auteurs racontent l’histoire d’un homme devenu loup qui dénonce un homme et une femme à qui il mord le nez. Pour l’anecdote, à la fin de l’histoire, la femme finit sans nez et sa descendance naitra aussi sans nez. Bien entendu, plusieurs contes mêlent traditions populaires et histoires chrétiennes. Une nouvelle fois de plus, l’Église tente avec plus ou moins de succès de mettre de l’ordre dans l’imaginaire des gens. Selon elle, puisque l’Homme est créé à l’image de Dieu, tous ceux qui ne sont pas créés à son image sont nécessairement proches du Mal. Le diable aura par exemple des oreilles pointues et une longue queue. Même chez les animaux, les ecclésiastiques distinguent les bons animaux parce-que-proches-de-Dieu comme le faon ou le cerf, et l’ours ou le sanglier proche du diable. L’Église met en avant des scènes valorisant une vision chrétienne. Exemple : un saint qui dompte un lion.

              Les membres de l’élite se congratulent en pensant avoir tout apporté à l’album lorsque une voix les interrompt en leur demandant « et nous ? » :



              Les paysans sont la catégorie de population la plus nombreuse de l’époque féodale (et ils le resteront jusqu’à la première moitié du XXe s.). Et pourtant, nous n’avons pas de sources directes sur eux. Nous ne savons donc rien sur eux. Même si des moines, évêques ou seigneurs écrivaient sur les paysans, ils auraient forcément une vision biaisée pour ne pas dire méprisante. Heureusement, l’archéologie est d’un grand secours à la population rurale. Les paysans, contents, se mettent alors au travail pour nous parler sur eux. Il y a deux catégories de paysans : les serfs et les hommes libres. Les serfs doivent toujours demander l’accord de leur seigneur (comme se déplacer avec leur permission), ne peuvent pas témoigner en justice, doivent un gros boulot. Les libres n’ont pas ces désagréments mais doivent une redevance à leurs seigneurs. Bref, ils restent sous la dépendance des seigneurs. Ils habitent surtout dans des maisons en bois, le plus souvent sous paille. Ils y possèdent peu de choses car ils doivent faire un gros boulot dehors. Le travail agricole est rythmé par les quatre saisons. En hiver, ils travaillent peu dehors. Ils font alors un autre boulot comme fabriquer des vêtements pour eux. Et il y a les fêtes religieuses qui leur permettent de se reposer ou de s’amuser. Leur vie difficile mais n’est pas pour autant misérable. Leur réserve de nourriture dépend des aléas climatiques. Si elle s’épuise, les seigneurs peuvent suspendre leur prélèvement (sinon, ils doivent cultiver la terre eux-mêmes. Pas amusant.). Les ruraux peuvent attraper des maladies comme « le mal des ardents ». Les seigneurs ? Ils participent à la chasse, non dans le but de se nourrir (ils mangent peu leurs proies), mais pour se la péter devant les ploucs, affirmer leur domination seigneuriale. Il y a bien sûr des révoltes (peu mentionnées) mais une répression peut être violente (des meneurs de révoltes ont le poing et le pied tranchés en 966). Pourtant, l’optimum climatique médiéval et le boulot des paysans a permis d’augmenter la démographie du royaume de France et de revivifier les villes.

              Le tissu urbain est en grosse partie un héritage de l’Antiquité romaine où des évêques (ou l’Église) ont permis de le maintenir avant l’accroissement de la population. Soit des anciennes cités antiques attirent des bourgs autour, soit des bourgs apparaissent et agrandissent près des cités antiques donnant ainsi naissance aux nouvelles villes. L’accroissement de la population rurale pousse des paysans à un exode vers les villes (surtout attirés par des exemptions seigneuriales en ville). Mais attention, que des villes s’agrandissent ne signifie pas une densification du tissu urbain. Il est en effet fréquent de voir des champs au milieu d’une ville. La croissance urbaine pousse les habitants à créer des foires (vers 1070). Avec une diversification des métiers à la clé comme les marchands ou les tisserands. Ça ne signifie pas non plus que des villes peuvent être dirigées par une seule élite seigneuriale. Celles-ci peuvent avoir une coseigneurie, le plus souvent épiscopale et seigneuriale (exemples à Tours, Marseille). De plus en plus, des habitants urbains ressentent le besoin de gérer en commun. D’où l’apparition des communes (dans le nord) ou des consulats (dans le sud) à la fin du XIe s. Des petites écoles apparaissent également vers 1120, concurrençant directement les monastères qui dispensaient leur enseignement depuis la fin de l’Antiquité. L’un des maitres les plus célèbres est un certain Pierre Abélard.

              Un troubadour voyant que l’histoire de l’album est terminé, pointe alors son nez en produisant une chanson sur deux pages. Les dernières pages proposent comme c’est l’usage des albums des informations complémentaires sur l’époque féodale. A la lecture de l'album, nous comprenons mieux pourquoi l’Église est mise en avant plutôt que les chevaliers.


              Le prochain topic nous transportera dans la France des Croisades.
              Dernière modification par sisou, 22 août 2019, 19h48.

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              • #8
                CROISADES ET CATHEDRALES




                Autant le dire tout de suite. L’album est différent des précédents car le récit suit une progression géographique plutôt que chronologique ou thématique.

                Un homme et une femme se rencontrent dans un TGV en direction de Londres. Ils découvrent qu’ils sont fans de la période médiévale. La femme est d’ailleurs une scénariste. Elle l’invite à assister au tournage du couronnement fictif de Louis, fils de Philippe II Auguste à Londres. Une scène uchronique en somme que ne goute pas l’homme. Pourtant, la scène fictive du couronnement montre bien une lutte acharnée entre les Plantagenêts d’Angleterre et les Capétiens de France. L’album raconte justement l’histoire qui va de l’époque de Louis VII et Aliénor d’Aquitaine à la mort de saint Louis (ou Louis IX). La reine a divorcé de Louis VII because pas d’enfants mâles à donner au roi. Elle s’est alors casée (non pas de faute d’orthographe du verbe) avec Henri II Plantagenêt. Leur mariage a été l’origine de « l’Empire plantagenêt » allant de l’Ecosse jusqu’aux Pyrénées. L’époque des Plantagenêts a beaucoup fasciné au point de donner naissance aux fictions telles Invahoé ou Robin des Bois. Tout ceci se termine par la prise de Château-Gaillard par les troupes de Philippe II Auguste. La bataille de Bouvines a sonné le glas de la puissance des Plantagnêts.

                « Ah oui, une de ces fameuses qui ont fait la France », dit la femme blasée. En fait, la phrase renvoie au fameux ouvrage de Georges Duby qui a écrit sur la bataille de Bouvines, devenu un classique. Mais c’est un récit poussiéreux, et si ce n’est pas la réalité ? dit encore la femme. Elle l’invite à aller en pleine période médiévale. En moins de deux pages, ils se trouvent au Moyen Âge. Commence alors leur pérégrination dans le royaume de France et d’ailleurs. Ils se dirigent dans la ville de Reims, lieu de couronnement des rois de France. L’album détaille le rituel du couronnement et du toucher des écrouelles. Ils visitent une cathédrale où ils admirent des vitraux qui amènent de la lumière. Ils lient l’architecture particulière à une évolution de la théologie, notamment l’eucharistie.

                Ils pénètrent dans une ville médiévale où ils croisent toutes sortes de gens. A un moment, le monsieur parle de folklore médiéval. La femme lui répond qu’il faudrait plutôt parler du médiévalisme, c’est-à-dire un Moyen Âge idéalisé à des époques postérieures. Un gros moine les entendant évoquer le Moyen Âge leur demande ce que c’est. Les voyageurs lui demandent quelle serait une expérience permettant de vivre pleinement au « Moyen Âge ». Le gros moine leur répond que ce serait plutôt partir en pèlerinage. C’est parti pour un pèlerinage alors, ce qu’ils feront les pages plus loin. Mais auparavant, le moine a piqué le téléphone portable à la fille.



                En sortant de la ville, ils croisent des paysans coupant des arbres et labourant la terre. Ils évoquent les redevances seigneuriales, le fermage, tous ces trucs paysans médiévaux. Avec au passage une évocation des « anarcho-syndicalistes » (dixit la fille. Une référence à Monty Python of course). Ils quittent les paysans lorsqu’un habitant rural les invite à dormir chez lui puisque la nuit tombe (qui dit nuit, dit mauvaises rencontres en ces temps-ci). Nous découvrons l’intérieur de la maison rurale médiévale. C’est aussi le moyen de mentionner la vie quotidienne chrétienne. Ainsi, le baptême devenu obligatoire où l’on n’immerge plus dans le baptistère mais qu’on se contente d’asperger un nouveau-né. Deux parrains et une marraine pour la fille (vice-versa pour le garçon) sont indispensables pour valider le baptême. Sur le mariage, autrefois, un contrat de mariage suffit à valider juridiquement l’union. Depuis le début du XIIIe siècle, l’engagement devant un prêtre est obligatoire afin de sceller le mariage du point de vue juridique. L’extrême-onction est fortement recommandée. Ces étapes traduisent une volonté de christianiser la société par l’Église.

                Après un passage par la forêt, où ils sont poursuivis par un sergent qui les prend pour des braconniers, le couple entre dans la vie de Troyes. La ville fait partie des fameuses foires de Champagne. On vient de loin pour vendre ou acheter des marchandises :



                Pendant cette promenade, est venu une occasion de mentionner l’interdiction des prêts bancaires aux chrétiens. Car puisque le temps appartient à Dieu, c’est une offense à Lui que d’organiser des prêts dans le temps. Les Juifs s’occupent donc des prêts à intérêt. Cet exemple montre une société et une mentalité profondément christianisées. D’ailleurs, plus loin, l’album mentionne des procès des animaux (comme un cochon qui a renversé un passant). Pourquoi ? car des animaux étant considérés comme des créatures de Dieu, il faudrait traiter les bêtes avec équité dans les procès. Ils ne sont pas forcément condamnés à mort en cas de crimes. Ils peuvent être confiés à quelqu’un. Ce n’est qu’à la fin du Moyen Age qu’une distinction sera faite entre les humains et les animaux rangés du côté de la bestialité. A Troyes, le couple croise le gros moine accusé de vol par une patrouille. Pris le risque d’être complices du moine, ils s’enfuient à travers les rues. Finalement, la fille put récupérer le portable volé au gros moine.

                Au fil de l’album, sont mentionnés des lupanars qui ne sont pas des salles à prostituées mais sont l’équivalent des thermes romains. Les lupanars sont surtout réservés à des nobles, bourgeois ou notables. Des pauvres ou des laboureurs se lavent aux fontaines ou dans les rivières. Tous ces endroits seront interdits à la fin du Moyen Âge et disparaissent au cours du XVIe siècle.

                Suivant l’idée du gros moine, l’homme et la femme se fournissent en vêtements de pèlerin dans une ville. Des chevaliers ne sont pas oubliés. Ils rencontrent justement Guillaume le Maréchal, un chevalier anglo-normand décrit comme le « meilleur chevalier du monde » (rien que ça !). Il a l’habitude de parcourir les tournois où il a capturé près de 500 chevaliers (selon lui). Les règles du tournoi sont différentes aux XIIe-XIIIe s. :



                Ils descendent ensuite vers le sud en direction de Saint-Jacques-de-Compostelle. Pour retrouver des chemins de pèlerinage sans GPS ou carte IGN, ils suivent des bornes ornées de coquillages. Ils rencontrent également des pèlerins partant pour Rome (des « Roumieux »). A Vézelay, ils se retrouvent en arrière au XIIe siècle. Ils assistent en effet au discours célèbre de Bernard de Clairvaux, un cistercien, devant Louis VII et Aliénor d’Aquitaine :



                Le cistercien exhorte les fidèles à partir en croisade. Ses exhortations font mouche puisque d’autres souverains comme l’empereur Conrad III le suivent. L’album explique comment des croisades sont à l’origine des Templiers et de leur puissance dans l’Occident médiéval. Mais les croisades peuvent parfois partir en couille comme des massacres de Juifs sur les chemins européens (Bernard de Clairvaux a pourtant dit : pas de massacres de Juifs sauf les païens, en gros les musulmans) ou le détournement d’une croisade vers Constantinople pillée par des croisés.

                Cependant, plutôt que de franchir les Pyrénées, le couple préfère se diriger vers Aigues-Mortes afin d’évoquer les croisades de Saint Louis. La ville portuaire méditerranéenne a été fondée exprès afin de préparer le départ en croisade du roi. L’homme et la femme prennent d’ailleurs la mer vers Tunis. Ce lieu est celui du décès de Louis IX (spoiler : il n’est pas mort de la peste mais du scorbut). Quittant la cité musulmane, ils accostent en Sicile où ils assistent aux Vêpres siciliennes de 1282. Des massacres de Français par les Siciliens. L’épisode sicilien montre l’expansion française et ses limites hors du royaume de France. Capturés, ils sont jetés en prison d’où ils sont délivrés. Ils purent alors retourner à Marseille.

                Ils prennent le chemin de l’ouest en passant par Arles. Remarquant que la ville entière se trouve dans les arènes romaines, la femme se voit expliquer par l’homme qu’une ville romaine est souvent plus étendue qu’une ville médiévale du Moyen Age central. A Montpellier, sont signalés les savoirs des temps médiévaux avec un passage sur la transmission du savoir oriental musulman à la Chrétienté même si tout ne va pas sans heurts.

                Ils partent ensuite encore à l’ouest. Le sud-ouest est le théâtre d’une croisade contre les Albigeois. Inquiet de la progression hérétique (et à la suite de l’assassinat du légat pontifical), le pape Innocent III lance en effet la croisade contre les Albigeois (ou Cathares). Des chevaliers ou des Grands du nord du royaume de France, intéressés par le grand pardon offert par le pape s’ils prennent la croix, descendent vers le sud attaquent le vicomte de Béziers et de Carcassonne, Raymond-Roger Trencavel, accusé de soutenir l’hérésie. Les habitants de Béziers sont passés au fil de l’épée en 1209. Lors du sac de Béziers, la célèbre phrase « tuez les tous, Dieu reconnaitra les siens » est mentionnée pour la première fois vers 1220 chez un moine allemand. Phrase qui est sujette à caution. Le couple est justement en discussion avec l’auteur de la phrase. Pendant la discussion, on évoque les Albigeois (ceux-ci se disent les « bons hommes ») et leur conception particulière de la théologie chrétienne.

                C’est à la suite de la croisade que sera créée l’inquisition. Conduite par des dominicains, elle poursuit des personnes considérées comme des hérétiques. La scénariste et l’homme regardent le déroulement du procès d’un hérétique. A la fin de l’interrogatoire, l’accusé demande s’il ne va pas être torturé. « Je ne suis pas un espagnol du XVe s. » lui répond l’inquisiteur. En effet, au XIIIe s., la torture est peu pratiquée. Des inquisiteurs répugnent à l’utiliser car elle ne leur permet pas de découvrir la vérité, c’est-à-dire les erreurs hérétiques avouées par des accusés.

                Quittant les terres albigeoises, on s’arrête à Toulouse. Nos contemporains écoutent le discours des capitouls toulousains. Ce sont des membres du conseil municipal de la ville. Le capitoul fait partie du vocabulaire de la langue d’oc alors que dans le nord, c’est l’échevin qui est signalé. Des institutions municipales sont décrites dans l’album (si je me souviens bien).

                Les pèlerins traversent finalement les Pyrénées et atterrissent à Saint-Jacques-de-Compostelle. Quelques mots plus tard sur la ville de pèlerinage, l’héroïne dit à son compagnon de route « et si on rentre chez nous ? ».

                Ils rentrent comme des oiseaux en atterrissant à Paris. A la dernière page, sur les terrasses parisiennes, ils se félicitent d’avoir fait le voyage médiéval. Ils ne voient pourtant pas derrière eux l’incendie de Notre-Dame de Paris.

                Nous parlerons des temps de la Guerre de Cent ans dans le prochain topic.
                Dernière modification par sisou, 23 décembre 2019, 17h40.

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                • #9
                  Merci pour ce topic très intéressant.
                  sigpic

                  Commentaire


                  • #10
                    A LA VIE, A LA MORT



                    Cet album est le premier à être réalisé par trois personnes. Plus précisément, une historienne, un historien et une dessinatrice. Il s’agit également d’un premier dessinateur de sexe féminin. Valérie Theis et Etienne Anheim ont déjà participé aux récits dessinés sur Saint Louis, Philippe Auguste et Philippe le Bel en tant que conseillers scientifiques. La BD n’est donc pas un terrain inconnu pour eux. Les historiens sont aussi des spécialistes de la fin du Moyen Âge. Le choix s’est donc imposé à eux pour écrire un scénario sur la période de la Guerre de Cent ans.

                    Ils mettent en scène un personnage féminin sous la forme d’une personnification de la Mort. La Faucheuse quoi. Logique puisqu’aux XIVe et XVe siècles, la Mort commence à être mise de plus en plus en avant dans le contexte de multiples crises. De nos jours donc, la Mort se vante d’être l’auteur des deux guerres mondiales et des catastrophes naturelles. Mais elle avoue que la fin du Moyen Âge est sa période préférée.



                    Elle raconte qu’elle n’a pas toujours l’aspect squelettique. En effet, à sa jeunesse, elle avait l’aspect d’une jeune fille comme les autres, avec les ailes rouges dans le dos. Ce n’est pas seulement un choix éditorial des auteurs mais aussi une illustration de l’évolution de la figure de la Mort au cours de la fin du Moyen Âge. Bref, elle a été envoyée faire son stage chez sa tante. Mais les débuts ne sont pas vraiment enthousiastes pour elle. Elle se tape des nourrissons, des vieillards et elle s’en plaint à sa tante qui la réprimande. Cependant, petit à petit, elle observe des désagréments qui commencent à parcourir la société française à la fin du XIIIe siècle. A commencer par des crises économiques. Limousin, 1277, Provins, 1281, Picardie, 1300 : des dates qui montrent du chômage ou des prix qui augmentent. Les crises n’ont pas commencé avec la Guerre de Cent ans mais ont montré des signes dès la fin du siècle précédent. Avec en prime, le climat se détraque. Les contemporains l’ignorent mais c’est ce que les historiens appellent « le petit âge glaciaire ». Et la Grande Faucheuse aime bien cet imprévu. Elle a de plus en plus fauché de vies peu après la mort de Philippe IV le Bel, à coups de famines qui durent le long du XIVe siècle (« un métier d’avenir », dit-elle).

                    La famille royale ? Elle faisait chier la Faucheuse. Elle n’avait rien à se mettre sous la dent. Les Capétiens s’étaient succédé tranquillement depuis 300 ans, contrairement aux voisins anglais où crises de succession et révoltes faisaient la joie de la collègue anglaise de la Mort. Mais tout change avec Philippe IV. Guerre en Flandre et Guyenne. Il s’oppose au pape Boniface VIII, l’humilie à Anagni en 1303 (où notre guide a recueilli la mort du pape peu après). Les Templiers prennent trop de place dans le royaume ? Le roi les fait arrêter (« en voilà un qui a su lutter contre le pouvoir de la finance », dixit la Faucheuse). Avant de les brûler. Vous l’aurez compris, la Mort l’aime bien. Notre guide va dans un bar et raconte la fin des « rois maudits ». Louis X meurt d’abord. Mais miracle, il laisse un héritier mâle. Las, son règne (à celui de Jean Ier) a à peine commencé que la Faucheuse s’en occupe aussitôt. Son père a une fille ? On ne veut pas de fille sur le trône et son frère Philippe V y monte. Avant de mourir en 1324. Ses filles sont, ironie du sort, écartées de la succession. Autre ironie, elles vivent plus longtemps que les hommes. L’autre frère Charles IV meurt sans descendance mâle en 1328. Son inhumation terminée, qui lui succèdera ?

                    Deux candidats se présentent alors. Edouard III d’Angleterre, petit-fils de Philippe IV le Bel par sa mère. Philippe de Valois, cousin germain de Charles IV le Bel.



                    Les Grands préfèrent le français parce qu’ils ne veulent pas d’un étranger. Si le roi anglais ne réagit pas dans l’immédiat, près de dix ans plus tard, il revendique la couronne. La narratrice aiguise alors ses faux d’autant plus qu’elle sait que Anglais et Français ne peuvent pas se blairer depuis 200 ans. C’est la guerre et commencent alors une série de défaites militaires. L’Écluse (une bataille maritime), Crécy. L’arbalète génois, quoique plus puissant, ne fait pas le poids face à l’arc long gallois. Et si ça ne suffit pas, le Prince noir, fils d’Édouard III, lance ses chevauchées sanglantes à travers les campagnes françaises. Ce qui pousse Jean II à combattre le prince anglais. La Faucheuse a failli avoir la peau du roi qui est finalement capturé à Poitiers. Sa capture a des conséquences désastreuses sur le royaume de France. Trois graves crises éclatent alors que le dauphin Charles dirige le royaume en tant que régent. Étienne Marcel, prévôt de marchands de Paris ; Charles le Mauvais, petit-fils de Louis X et prétendant à la couronne de France ; les jacqueries paysannes autour de Paris. Ces trois problèmes réglés, la France signe le traité de Brétigny avec l’Angleterre en 1360. La Mort peut alors partir en vacances sur une plage (elle commence à avoir un aspect squelettique).

                    Pendant toute cette période de guerre, la Grande Faucheuse ne chôme pas entre famines, batailles, escarmouches, compagnies de routiers. Mais ce n’était rien à côté de la Peste noire qui sévit alors sur le continent européen, africain et asiatique. Venue de la Mer Noire, la peste accoste dans les ports européens dont Marseille. Elle se répand en France. Toi, toi, toi, et toi. « Probablement la moitié de la population du royaume a succombé ». Devant l’incrédulité des habitués du bar, la Mort rétorque qu’il n’y avait pas de statistique à tenir. D’autant plus que des rédacteurs comme les moines sont également victimes de l’épidémie. Il y a eu une forte sidération telle que peu de récits contemporains nous sont parvenus. Même les illustrations de l’épidémie sont le plus souvent postérieures et édulcorées :



                    Il y eut plusieurs initiatives dont l’une, malheureuse, consiste à pourchasser des Juifs accusés d’avoir répandu la peste malgré l’interdiction du pape. Puis petit à petit, tout est revenu dans l’ordre. La société médiévale aurait pu s’effondrer devant la violence de la Peste noire. Et cela ne s’était pas produit, c’est en raison des fortes structures de l’Église. La Faucheuse dixit que « les structures de l’Église auraient fait pâli d’envie le PCF de la grande époque ». Cependant, tout n’était pas rose dans l’Église à cause du Grand Schisme. Mais auparavant, la narratrice évoque l’installation de la papauté à Avignon après la mort de Boniface VIII (et son échec théocratique), sous le règne de Clément V. L’album s’attarde un peu sur l’organisation pontificale et sa cour à Avignon, les critiques du poète Pétrarque contre Avignon, etc. Lorsque la Faucheuse commence à parler du schisme, le patron du bar la fout dehors à cause de la fermeture. Dans la rue, suivi du chien, elle mentionne le schisme en 1378 qui divise la chrétienté en deux Églises, celle de Rome et celle d’Avignon (il y aura même un troisième pape, celui de Pise plus tard). Le roi de France soutient le pape d’Avignon, le roi anglais l’autre pape naturellement. La crise de la papauté se termine lors du concile de Constance en 1415 (celui même où périt sur le bûcher le réformateur Jan Hus). Tous ces soubresauts ont déstabilisé la chrétienté où se multipliant toujours plus de rituels calmant l’angoisse concernant le salut (cf. groupes de flagellants) où on dépense des sommes folles. Se développe en même temps des testaments demandant beaucoup, beaucoup de messes pour le salut de l’âme ou la rémission des péchés. Ce qui fait dire à notre narratrice qu’elle est désormais respectée :



                    Demandant au chien errant de rester là, la Mort entre dans un quartier populaire où elle croise des jeunes. Elle leur parle alors du relèvement du royaume de France par les actions de Charles V et de Bertrand du Guesclin qui a l’honneur insigne d’être enterré à la basilique de Saint-Denis. En 1360, après le traité de Brétigny, l’Anglais grignote pas mal de territoires du royaume. Devenu roi et instruit des défaites sur les champs de bataille de son père et son grand-père, Charles V préfère asseoir son cul sur le trône plutôt que d’aller guerroyer en personne. Et puis, l’un de ses guerriers, Bertrand du Guesclin pratique les escarmouches plutôt que de livrer bataille (de toute façon, il en livre peu et était même fait prisonnier). Les initiatives royales ont permis de retourner la situation et de voir les possessions anglaises fortement réduites. La Faucheuse dit néanmoins aux jeunes que tout recommence à aller mal avec Charles VI. Celui-ci a en effet tué 2-3 personnes en la forêt du Mans en 1392. Un coup de folie. L’année suivante, afin de divertir le roi pendant la fête d’un mariage, des nobles et lui se déguisent en « sauvages ». Ils s’enduisent de poix, de plumes, de poils d’étoupe. Louis d’Orléans, le frère du roi, ivre, pénètre dans la salle, muni d’une torche alors que des torches sont justement interdites. Oups. Un accident survient, faisant quatre morts et un roi durablement traumatisé. Désormais, durant les périodes de folie, un conseil de régence gouverne le royaume, se composant de l’oncle du roi Philippe le Hardi (remplacé plus tard par son fils Jean sans Peur) et de Louis d’Orléans. Seulement, ils ne s’entendent pas et c’est parti en couilles se finissant par un assassinat du duc d’Orléans sur ordre de Jean sans Peur (aidé par la Faucheuse of course) en 1407. Une guerre civile éclate entre Armagnacs et Bourguignons. « Du jamais vu ! », s’exclame la Mort devant des jeunes. Le roi Henri V d’Angleterre, observant le royaume de France, se dit que c’est le moment de foutre le bordel (la Mort est aussi de son avis). Il débarque en France, fout la raclée aux chevaliers français à Azincourt en 1415. L’armée anglaise met le siège devant Orléans, en buvant tranquillement du thé.

                    C’est compter sans une fille venue de l’est. Elle se prétend l’envoyée de Dieu, venue pour dégager les Anglais à coups de sandale de 42. Mytho ou pas, elle réussit l’exploit de convaincre Charles VII, donner un coup de boule aux Anglais à Orléans, dégager le passage vers Reims, lieu de sacre du roi. Mais même les succès ont une fin. Fait prisonnière par les Bourguignons, vendue aux Anglais, jugée par un tribunal ecclésiastique français, elle finit brûlée à Rouen en 1431.

                    Nonobstant la fin tragique, le temps du relèvement du royaume est venu grâce à la paix conclue avec les Bourguignons en 1435. Elle met fin à la guerre civile. L’album se concentre un peu plus sur l’économie et la société. Apparition des banlieues, relèvement économique, place des femmes dans la société, organisation de l’État, etc. La mortalité recule. Forcément, la Faucheuse a moins de travail en ce moment. Le moment est donc venu pour Charles VII de bouter les Anglais hors de France :



                    Tandis que la narratrice parle aux enfants, deux policiers interviennent. Ils se demandent ce qu’elle fait en espace public. Ils aimeraient bien qu’elle quitte les lieux mais la Faucheuse les interrompt vertement. Elle évoque justement le début de l’armée moderne. Charles VII se réserve le droit de lever les compagnies et crée la taille destinée à financer une armée permanente. Que reste-t-il du bilan de la Guerre de Cent ans ? Lorsque la guerre a commencé, c’est plus un affrontement entre princes et armées féodales. A la fin, elle ressemble à une guerre entre États. Le sentiment national s’est développé au cours de la guerre. Quant aux contemporains, s’ils ont bien conscience de la longueur de la guerre (malgré plusieurs années de trêve), certains la regrettent à commencer par François Villon. Le poète français (et délinquant) a composé des poèmes regrettant la guerre. Il est donc logique que la Mort et François Villon s’entendent bien en buvant de la bière.

                    Fatigués, les policiers demandent à la Grande Faucheuse de dégager sinon ils l’embarquent. Mais elle leur répond :

                    « Et si c’est moi qui vous embarque ? »


                    La Renaissance sera le thème du prochain post.

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                    • #11
                      Vous avez deja parle d'Il etait une fois en France?

                      https://fr.wikipedia.org/wiki/Il_%C3...fois_en_France



                      BD en six tomes racontant l'histoire de Joseph, un ferrailleur juif pendant la seconde guerre mondiale et apres la liberation. Un personnage inspire de la realite:

                      https://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Joanovici

                      Ca raconte son histoire sur une periode allant du debut de la guerre jusqu'a sa mort au milieu des annees 60. Son role dans la resistance, la gestapo et comment il essaiera d'echapper aux juges apres la liberation. C'est bien ecrit et bien dessine. Jetez y un oeil si vous avez l'occasion.
                      Dernière modification par Genshiken, 29 juillet 2020, 06h40.
                      La discipline consiste en ce qu'un imbécile se fasse obéir de ceux qui sont plus intelligents.

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                      • #12
                        Voir Genshiken souiller mon beau topic... Cela mérite un bon bannissement suivi d'un séjour dans la Vallée de la mort à plus de 54 °C pendant 10 ans.


                        Je vous informe que je viens de mettre en ligne un nouveau expo sur l'époque carolingienne en éditant mon ancien post. Vous le retrouverez facilement dans la page précédente sous le titre de "Qui est Charlemagne ?".

                        J'éditerai ce post pour parler de la Renaissance. A moins que je ne fasse un double-post ou après un post d'un forumeur.

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                        • #13
                          Envoyé par sisou Voir le message
                          Voir Genshiken souiller mon beau topic... Cela mérite un bon bannissement suivi d'un séjour dans la Vallée de la mort à plus de 54 °C pendant 10 ans.


                          Je vous informe que je viens de mettre en ligne un nouveau expo sur l'époque carolingienne en éditant mon ancien post. Vous le retrouverez facilement dans la page précédente sous le titre de "Qui est Charlemagne ?".

                          J'éditerai ce post pour parler de la Renaissance. A moins que je ne fasse un double-post ou après un post d'un forumeur.
                          Mouhahahahahahahaha
                          La discipline consiste en ce qu'un imbécile se fasse obéir de ceux qui sont plus intelligents.

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