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Prince of Darkness

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  • Prince of Darkness

    Je veux parler de ce film.

    J'ai souvent du mal à être formel sur "le meilleur" de ceci ou de cela.

    Mais pour moi c'est le meilleur film d'horreur qui soit.



    Dans ce film, un ordre ésotérique dont le dernier représentant meurt avant de pouvoir s'entretenir avec le cardinal de sa juridiction lègue au monde un lourd secret.

    Donald Pleasance, acteur légendaire, incarne ici un prêtre couard mais pétri de bonnes intentions, qui réceptionne le dernier message de ce prêtre, et fait appel au Docteur Birack (incarné par Victor Wong, le mec avec un oeil en trou de balle et l'autre en vagin) pour interpréter les mystères qui lui sont laissés.

    Birack est un croisement improbable entre un scientifique et un philosophe, divaguant sur le temps, l'espace, la relativité, et remettant en question les découvertes de Einstein (enfin, une meuf lui pose la question hors champ mais y'a un cut avant qu'on ait la réponse)

    A savoir, un cylindre. Une cuve. Une PRISON. Faite d'un matériau inconnu. Contenant un liquide non-identifié qui semble y bouillonner.



    Les analyses démontreront même que cette prison possède un mécanisme complexe, mais qui ne peut être ouvert que de l'intérieur.

    Birack, avec l'aide d'une équipe triée sur le volet et de matériel de pointe, va passer 24 heures dans cette vieille église abandonnée pour comprendre ce à quoi il a à faire...

    Ce film... PUE LE DESESPOIR. Je n'ai jamais ressenti un désespoir aussi poisseux, même chez Carpenter. Même dans The Thing (que j'adore aussi).

    Il nous remet à notre place, mais plus que tout, à l'exception d'une scène qui pour moi gâche quasi tout (no spoil mais ceux qui ont vu le film comprendront), ce film aborde le mal primordial tel qu'il devrait être.

    Inhumain dans tous les sens, que ce soit dans son informité, son intemporalité, ou son incompréhensibilité.

    En ce sens, c'est très lovecraftien, car Lovecraft a toujours DETESTE cette anthropomorphisation du mal, cette réduction des buts et de la nature du mal à une échelle primitivement humaine.

    A vrai dire, cette chose, cet antagonisme, qui supplante Satan lui-même, n'est en vérité pas quantifiable en termes manichéens.

    Tout comme Satan n'était pas sensé l'être. Satan ne signifie pas "le mal". Il signifie "l'ennemi" (Shaytan). Cette forme de vie primordiale et inexplicable est "l'ennemi" de notre humanité.

    Mais ses raisons ne peuvent pas être exprimées au travers d'un prisme binaire bien/mal.

    Ce sont les prêtres, les cultes, qui lui donnent un sens, une raison, un lore, même. Mais comme chez Lovecraft, l'humanité anthropomorphise et fournit des raisons très humaines à des choses si étrangères à ce concept que ça en devient ridicule.

    Cette chose contenue dans ce cylindre a sa raison. D'appeler une entité supérieure détenue dans un antéverse, une réalité opposée à la nôtre.

    Et c'est là que je déteste cette scène, avec cet espèce de props recyclé de chez Ridley Scott (on dirait la main du... Prince of Darkness... De Legend, film de 1985. Le film dont je parle ici est sorti 2 ans après), si physique, humanoïde, terre-à-terre, alors que tout le film opérait à un niveau métaphysique avec le mal en tant que concept, dépourvu de tous les clichés du genre, cantonné à sa plus simple expression.



    Cette scène devrait être remontée. Quelque chose d'informe et sombre devrait répondre depuis l'autre côté, mais rien d'aussi terriblement humain, ce en dépit qu'ils disent que Jésus était un ancêtre des extra-terrestres originaire de Wallus (?) mais d'apparence humanoïde.

    Cette chose était antérieure à Jésus, et pas son opposant direct. Dans le récit, ce qui en est dit, c'est que Jésus devait avertir l'humanité, mais son message s'est perdu en dépit de disciples, d'où la formation de ce culte antédiluvien du "dormeur des ténèbres" (le dormeur... Autre référence, cette fois à Dune... "Le Dormeur Doit Se Réveiller"), en marge même du Vatican, dont les secrets ont été confiés de grand prêtre à grand prêtre jusqu'en 1987.

    Le cylindre lui-même est estimé (on ne sait comment) à sept millions d'années, bien avant l'homme.

    C'est ça que j'aime. L'homme n'est qu'un outil facilement utilisable mais limité pour faire revenir une chose inhumaine de confins impossiblement quantifiables d'une réalité abominable par son étrangeté, où le temps n'est qu'illusion.

    Satan n'est qu'un pantin, le fils du mal lui-même n'est qu'un volume de liquide, et le mal est protéiforme, appelé à s'incarner comme le Jésus de Wallus sous une apparence anthropomorphique après un accident spatio-temporel.

    Ce film a son lot de mumbo-jumbo cheesy et de références bibliques qui vont bien, mais présente une chose qui défie notre quantification morale et notre compréhension humaine, qui revient pour des desseins contraires aux nôtres mais dont la nature elle-même semble incompréhensible, et semble lié à des phénomènes cosmiques supérieurs (le film se déroule durant un dérèglement solaire) dont nous n'avons fait qu'égratigner la surface.

    Ajoutons à cela la bande de rednecks hallucinés qui forment un obstacle physique à la fuite des protagonistes mais ne sont aussi que des objets, qui ont d'ailleurs disparu une fois leur rôle achevé.

    Avec un Alice Cooper blafard qui semble né pour donner corps à ces clodos exaltés.



    Et cette fin hallucinée, hypnotique, lancinante... Avec un cut to black placé comme jamais.

    Ce film est une merveille où aucune minute ne semble trop ou trop peu.

    Je regrette juste ce côté si terre-à-terre de cette scène de 5 secondes qui déforce tout le film par son aspect si tangiblement matériel.

    Vous devez voir ce film si vous ne l'avez jamais vu.

    Chaque fois, je me sens petit après l'avoir vu.

    Comme écrasé par des forces supérieures et inhumaines qui n'ont cure de nous.

    Dans le film, Donald Pleasance admoneste d'ailleurs Birack en disant à quel point nous sommes orgueilleux de placer l'homme au centre de tout, à s'imaginer que cette forme de vie agressive nous en veut à titre personnel.

    Evidemment, en tant que prêtre, il commet le même pêché d'orgueil (il suffit de le voir à la fin du flm) en remettant tout au sacré et à un Dieu-particule dont le grand ennemi serait l'antiparticule correspondante.

    Notre déchéance n'est qu'une étape vers un projet plus grand et incompréhensible dont nous ne serons jamais témoin.

    Ce film ridiculise l'importance de l'humain, le mal, pour ce qu'il est, pourrait, et même aurait, du être une forme de phénomène astrophysique incompréhensible (cette main, gah, Carpenter, qu'as-tu fait? Que quelqu'un édite cette main hors du film!) et sentient qui n'a que faire de l'humanité, tandis que nous pensons que toute son existence se résume à nous nuire.

    Je ne suis pas sûr qu'un tentacule eut été mieux au lieu de cette main. Je pense que comme pour la fin il y aurait du avoir une forme de suggestion forte ou une chose indescriptible, une feinte qui laisse à chacun le soin d'y voir ce qu'il veut.

    Ou que cette forme sombre issue de ce plan aquatique prenne forme dans le monde réel peut-être anthropomorphiquement, mais en usant de cet élément.

    Hélas, il faudra attendre encore deux ans de plus pour que Cameron travaille les images de synthèse pour manipuler l'apparence de l'eau dans Abyss (1989), ce qui est moche pour Carpenter.

    Puis, il y a cette musique lancinante et fort à propos, composée comme d'hab' par Carpenter himself, qui rajoute une couche de désespoir au film.

    Tu comprends de base que peu importe le score final, ça ne finira pas bien. Car le mal ne tient pas de scores. et n'a que faire de tes jugements moraux bassement humains.

    Ce truc est complètement lovecraftien.
    Dernière modification par Bal-Sagoth, 05 juillet 2020, 10h31.
    sigpic
    "Wijn is venijn, bier is plezier"

  • #2
    Envoyé par Bal-Sagoth Voir le message

    Tout comme Satan n'était pas sensé l'être.
    Censé : supposé
    Sensé : judicieux, qui a du sens



    En ce qui concerne la fameuse scène dont tu parles, je ne l'avais jamais perçue comme un défaut mais en y réfléchissant bien, c'est vrai qu'elle est grossière et pas à la hauteur de tout le reste.

    Un grand film tout de même et certainement le meilleur Carpenter au côté The Thing.

    Spoiler:

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    • #3
      Yeah Val Pal dude. Je sais. C'un des rares trucs où je fais la faute.
      sigpic
      "Wijn is venijn, bier is plezier"

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      • #4
        Carpenter analyse certaines scènes du film :

        https://www.youtube.com/watch?v=GAB4QzXiubI

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